{"id":1683,"date":"2022-07-09T09:18:05","date_gmt":"2022-07-09T09:18:05","guid":{"rendered":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=1683"},"modified":"2022-07-09T09:18:06","modified_gmt":"2022-07-09T09:18:06","slug":"mercredi-9-juillet-97-nantes-enfin-estivale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=1683","title":{"rendered":"Mercredi 9 juillet 97, Nantes enfin estivale"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;apr\u00e8s-midi et la soir\u00e9e en compagnie de Marie-Charlotte et Ermold, vraiment pas tristes. Parfois c&rsquo;est \u00e0 croire qu&rsquo;Ermold n&rsquo;a que cinq ans. Aussi compliqu\u00e9 et capricieux<!--more--> qu&rsquo;un gamin\u00a0; et c&rsquo;est alors elle, avec ses douze ans de moins, qui semble la plus vieille et la plus m\u00fbre. J&rsquo;ai d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fac, plus ou moins pour glander, comme souvent, et pour discuter un peu avec Ferni. Marie-Charlotte \u00e9tait l\u00e0 \u00e0 repiquer des cassettes de son exposition vid\u00e9o du mois de mai\u00a0; elle m&rsquo;a propos\u00e9 de passer ensuite chez elle \u00ab\u00a0prendre le go\u00fbter\u00a0\u00bb\u00a0: c&rsquo;\u00e9tait mon intention avant m\u00eame de la voir. Je suis pass\u00e9 m&rsquo;acheter une chemise \u00e0 carreaux que j&rsquo;avais rep\u00e9r\u00e9e en soldes le matin rue Contrescarpe, puis des g\u00e2teaux \u00e0 Monoprix, et ai sonn\u00e9 chez elle. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que j&rsquo;allais dans son nouvel appartement, rue Jean-Jacques, celui dont le d\u00e9m\u00e9nagement a \u00e9t\u00e9 si dur le dernier week-end de juin (son appartement pr\u00e9c\u00e9dent \u00e9tait au cinqui\u00e8me \u00e9tage, et elle avait un nombre de caisses infini\u00a0; avec Ermold, Paul et Victoria, on a pass\u00e9 tout le dimanche apr\u00e8s-midi \u00e0 faire des allers et retours dans l&rsquo;escalier, et \u00e0 la fin on ne sentait plus nos jambes, on n\u2019aurait pas mont\u00e9 un carton de plus). Au premier abord il m&rsquo;avait d\u00e9plu. Avec le temps tr\u00e8s gris et presque constamment pluvieux, c&rsquo;\u00e9tait glauque, mais maintenant qu&rsquo;elle l&rsquo;a repeint, et avec le soleil, c&rsquo;est tr\u00e8s bien, \u00e9l\u00e9gant \u2014 en plus il est spacieux\u00a0: quelque chose comme 75 m<sup>2<\/sup>. On a discut\u00e9 dans sa cuisine jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un coup de fil d&rsquo;Ermold nous dispense d&rsquo;aller le surprendre\u00a0; il s&rsquo;est remis \u00e0 sa th\u00e8se<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref\">[1]<\/a>, mais ne peut s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;appeler Marie-Charlotte trois ou quatre fois dans la journ\u00e9e\u00a0; pour rien, ou pour lui apprendre les nouveaux exploits du petit chat gris qu\u2019elle lui a offert (doux comme une souris). Sans elle je ne sais pas ce qu&rsquo;il ferait. On l&rsquo;a rejoint chez lui, \u00e0 cinquante m\u00e8tres (au t\u00e9l\u00e9phone, il a, comme d&rsquo;habitude, fallu qu&rsquo;il l\u2019asticote d&rsquo;abord sur ce qu&rsquo;on pouvait bien faire seuls tous les deux), et c&rsquo;est lui-m\u00eame qui a propos\u00e9 qu&rsquo;on aille boire quelque part.<\/p>\n<p>Les ennuis ont commenc\u00e9 avec minutie apr\u00e8s, quand il s&rsquo;est laiss\u00e9 enfermer dehors sans les clefs de l&rsquo;appartement, dont il avait confondu le trousseau avec un autre\u00a0: dix bonnes minutes devant la porte close, \u00e0 se lamenter, \u00e0 l&rsquo;agiter violemment, et s&rsquo;obstiner \u00e0 essayer d&rsquo;autres jeux qui \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence n&rsquo;avaient aucune chance de marcher (ce serait trop facile si toutes les clefs ouvraient toutes les portes\u2026), \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter \u00ab\u00a0Ah quel con\u00a0! Quel con\u00a0!\u00a0Je le savais bien, voil\u00e0, c&rsquo;est un acte manqu\u00e9 parfait\u00a0: c&rsquo;est que je n&rsquo;aurais pas d\u00fb sortir, j&rsquo;aurais d\u00fb rester \u00e0 travailler. Et puis demain \u00e7a va \u00eatre encore 250 balles de serrurier, et puis \u00e7a veut dire toute la matin\u00e9e de g\u00e2ch\u00e9e, je ne vais encore rien faire, etc<em>\u2026<\/em>\u00a0\u00bb. Marie-Charlotte et moi, presque d\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;ascenseur, \u00e9vitions de nous regarder pour ne pas rire\u00a0; elle qui plus est d\u00e9j\u00e0 ennuy\u00e9e de penser qu&rsquo;il allait seriner \u00e7a toute la soir\u00e9e. Ce qui n&rsquo;a pas manqu\u00e9. Mais \u00e0 part lever les yeux au ciel, elle n&rsquo;a pas encore trouv\u00e9 le moyen de stopper ces h\u00e9morragies de n\u00e9gativit\u00e9 quand \u00e7a lui prend. \u00c0 la terrasse du Pourquoi pas\u00a0?\u00a0(o\u00f9 j&rsquo;ai, moi, oubli\u00e9 mon cartable en partant, avec toutes mes affaires dedans), m\u00eame apr\u00e8s avoir chang\u00e9 de sujet, il est rest\u00e9 dans le n\u00e9gatif total. C&rsquo;\u00e9tait critiquer les gens qui passaient, se plaindre \u00e0 propos de tout et de rien. C&rsquo;est avant tout un r\u00f4le dans lequel il se compla\u00eet, et qui le fait rire lui-m\u00eame. Il est comme un gamin, il en rajoute d&rsquo;autant plus que \u00e7a l&rsquo;\u00e9nerve elle, mais sans savoir s&rsquo;arr\u00eater quand il le faudrait, alors elle a fini par faire la t\u00eate, et je me suis retrouv\u00e9 dans l\u2019inconfortable position de celui qui tient la chandelle \u2014 \u00e9teinte cette fois.<\/p>\n<p>On s&rsquo;est retrouv\u00e9 finalement, \u00e0 imaginer la vie que peuvent mener les gens d&rsquo;apr\u00e8s leur apparence, telle femme dont la jeunesse se fane, trop bronz\u00e9e et trop court v\u00eatue qui doit attirer les hommes machos et violents \u00e0 l&rsquo;occasion, et conna\u00eet la d\u00e9ception amoureuse (cette longue cicatrice qu&rsquo;elle a \u00e0 la cheville, est-elle la suite d&rsquo;une morsure de crocodiles alors qu&rsquo;elle avait suivi un aventurier de petit calibre en Afrique, ou vient-elle d&rsquo;un accident avec l&rsquo;h\u00e9lice d&rsquo;un bateau \u00e0 moteur sur une plage de Pornic\u00a0? C&rsquo;est peut-\u00eatre \u00e0 cause d&rsquo;elle qu&rsquo;elle ne porte pas cette cha\u00eenette dor\u00e9e qu&rsquo;on s&rsquo;attendrait \u00e0 voir)\u00a0; tel ancien diamantaire ruin\u00e9 qui, toujours guind\u00e9 parce qu&rsquo;il confond \u00e7a avec \u00eatre \u00e9l\u00e9gant, prom\u00e8ne sa d\u00e9ch\u00e9ance en \u00e9charpe de soie. Le caf\u00e9 o\u00f9 on \u00e9tait est d&rsquo;ailleurs un des seuls dans le centre-ville, \u00e0 la connaissance aff\u00fbt\u00e9e d&rsquo;Ermold-le-Chroniqueur \u00e0 attirer autant une client\u00e8le d&rsquo;\u00e9tudiants que de vieux alcooliques amis de feu son p\u00e8re et plus ou moins dignes (parfois ils se vautrent sur les marches \u00e0 la sortie de la terrasse). Mais l\u00e0 aussi nos exc\u00e8s ont agac\u00e9 Marie-Charlotte au bout d\u2019un moment.<\/p>\n<p>La conversation, alors, a tourn\u00e9 sur Sarah. Tous deux ont jug\u00e9 que ce n&rsquo;est qu&rsquo;une gourgandine\u00a0: \u00ab\u00a0une salope\u00a0\u00bb m\u00eame. Marie-Charlotte lui a reproch\u00e9 ce petit jeu pip\u00e9 de la <em>Dolce Vita<\/em> dans le bassin du square\u00a0; elle est trop franche et fid\u00e8le pour accepter \u00e7a d\u2019une copine. Elle est tr\u00e8s \u00ab\u00a0comme il faut\u00a0\u00bb, mais sans ce que \u00e7a peut avoir d&rsquo;habitude de n\u00e9gatif. Tout \u00e7a m&rsquo;a au moins appris que je n&rsquo;\u00e9tais pas le seul \u00e0 devoir souffrir de son attitude, trop fr\u00e9quente pour que ce soit juste une incons\u00e9quence. \u00ab\u00a0Aller faire sa chatarde en mini-jupe \u00e0 descendre des pintes au Saguaro, et n&rsquo;attendre que de se faire sauter pour ensuite reculer au dernier moment, je ne vois pas comment on peut donner du cr\u00e9dit \u00e0 ce genre de comportement\u00a0\u00bb. Bref, Sarah est une allumeuse.<\/p>\n<p>Le plus beau moment de m\u00e9sentente de la soir\u00e9e, un peu tendue, agac\u00e9e, presque jusqu&rsquo;\u00e0 son terme, a \u00e9t\u00e9 quand Marie-Charlotte a eu faim, et qu&rsquo;on a parl\u00e9 d&rsquo;aller manger\u00a0; je n&rsquo;aurais pas r\u00eav\u00e9 situation plus ridicule. Apr\u00e8s des tergiversations infinies de part et d&rsquo;autre, Ermold a propos\u00e9 d&rsquo;aller dans un bar \u00e0 tapas qui vient d&rsquo;ouvrir rue Joffre\u00a0; mais Marie-Charlotte et moi on a un rechign\u00e9 devant la marche \u00e0 faire, face \u00e0 un Ermold outr\u00e9 de notre mollesse, et qui ne s&rsquo;est pas priv\u00e9 de le dire, aggravant encore \u00e9videmment la situation\u00a0; voyant cela on a fini par accepter, mais c&rsquo;est alors lui, revenant \u00e0 cinq ans, qui a refus\u00e9 cat\u00e9goriquement d&rsquo;y aller\u00a0: \u00ab\u00a0OK, c&rsquo;est trop loin\u00a0! Non, vous avez raison, on n&rsquo;y va pas, c&rsquo;est beaucoup trop fatigant, c&rsquo;est vrai.<em>\u00a0<\/em>\u00bb Et comme on persistait \u00e0 en prendre la direction, Marie-Charlotte a h\u00e9sit\u00e9, et lui en rajoutait encore\u00a0: \u00ab\u00a0De toute fa\u00e7on, \u00e7a ne sert \u00e0 rien d&rsquo;y aller, tu ne vas rien aimer de ce qu&rsquo;ils ont\u00a0; on n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 acheter un kebab et puis voil\u00e0<em>\u00a0<\/em>\u00bb. Une mani\u00e8re de se donner en spectacle assez path\u00e9tique\u00a0; et plus \u00e7a allait plus ils \u00e9taient en train de s&rsquo;enfoncer. Je voyais la fin de soir\u00e9e tourner au vinaigre, si je n&rsquo;avais pas trouv\u00e9 par hasard sur le chemin de quoi d\u00e9tourner la conversation et faire rentrer ces fleuves navrants d&rsquo;acrimonie dans leur lit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref\" name=\"_ftn1\"><\/a> [1] Moi aussi, je m&rsquo;y suis cens\u00e9ment remis (j&rsquo;ai recommenc\u00e9 \u00e0 travailler un peu depuis lundi)\u00a0; aujourd&rsquo;hui, je me suis lev\u00e9 trop tard, et comme j&rsquo;accompagne Joris visiter des appartements dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, j&rsquo;ai d\u00fb renoncer au travail\u00a0: je n&rsquo;ai que cette fin de matin\u00e9e pour \u00e9crire tout ceci.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;apr\u00e8s-midi et la soir\u00e9e en compagnie de Marie-Charlotte et Ermold, vraiment pas tristes. Parfois c&rsquo;est \u00e0 croire qu&rsquo;Ermold n&rsquo;a que cinq ans. 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