{"id":1710,"date":"2022-07-30T11:12:49","date_gmt":"2022-07-30T11:12:49","guid":{"rendered":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=1710"},"modified":"2022-07-30T11:12:49","modified_gmt":"2022-07-30T11:12:49","slug":"mardi-30-juillet-1997-nantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=1710","title":{"rendered":"Mardi 30 juillet 1997, Nantes"},"content":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s-midi avec Laure, \u00e0 une terrasse du Bouffay.<!--more--><\/p>\n<p>J&rsquo;ai achet\u00e9 il y a quelques jours mon premier livre de Fernando Pessoa, par hasard comme souvent\u00a0: ce n&rsquo;est pas une r\u00e9ussite. Ce <em>Lisbonne<\/em>, c&rsquo;est une sorte de guide touristique, dont il avait projet\u00e9 la publication vers 1925, sans qu\u2019il vit le jour de son vivant. C\u2019est une traduction de l\u2019anglais\u00a0: peut-\u00eatre que Pessoa l\u2019a \u00e9crit directement dans cette langue, qu\u2019il parlait. J\u2019esp\u00e8re (\u00e7a m&rsquo;est arriv\u00e9 de devoir lire un livre d\u2019abord pass\u00e9 de sa langue d\u2019\u00e9criture \u00e0 l\u2019anglais\u00a0: le premier roman de Kenzaburo \u00d4e, <em>Une affaire personnelle<\/em>. Malheureux de n\u2019avoir pas trouv\u00e9 de traducteur du japonais pour \u00e7a\u2026). Le probl\u00e8me est plut\u00f4t que l\u2019ouvrage n\u2019a <em>aucun<\/em> int\u00e9r\u00eat. Il s\u2019agit d\u2019une recension syst\u00e9matique de tout ce qu&rsquo;on pouvait alors voir \u00e0 Lisbonne en mati\u00e8re de monuments\u00a0: c\u2019est d\u2019un monotone plombant. Rien qui laisse supposer la marque d&rsquo;un \u00e9crivain \u2014 grand ou pas\u00a0: c\u2019est sans style, sans aucune originalit\u00e9. M\u00eame souvent d&rsquo;un go\u00fbt douteux\u00a0: il invite \u00e0 visiter jusqu&rsquo;aux casernes militaires. Il s&rsquo;attarde en co\u00fbteuses descriptions sur la moindre statue de saint ou de n&rsquo;importe qui, jamais sortie des fonderies avant 1880 (des objets rarement int\u00e9ressants d\u2019un point de vue artistique). Sans compter le nombre de fois o\u00f9 il s&rsquo;appesantit sur le co\u00fbt de tel \u00e9difice \u2013 tant de millions de livres sterling, c&rsquo;est vraiment beaucoup d&rsquo;argent \u2013, ou le poids de telle pi\u00e8ce d&rsquo;un tr\u00e9sor d&rsquo;\u00e9glise\u2026 Des quartiers comme Alfama sont b\u00e2cl\u00e9s en deux phrases, ce qui n&rsquo;est pas pour surprendre. Mais \u00e7a n&rsquo;explique pas ce conformisme r\u00e9actionnaire qui assomme \u00e0 toutes les pages. Je ne connais pas Pessoa. Mais \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 on s&rsquo;enthousiasmait en Europe pour les arts primitifs, o\u00f9 l&rsquo;abstraction en peinture avait d\u00e9j\u00e0 quelques ann\u00e9es, des jugements de ce type chez un \u00e9crivain novateur sont assez incroyables. M\u00eame si on ne peut pas toujours \u00eatre \u00e0 la pointe dans tous les arts (fait maintes fois constat\u00e9), et que le livre est \u00e9maill\u00e9 de connotations nationalistes o\u00f9 la d\u00e9marche s\u2019explicite un peu, j&rsquo;ai du mal \u00e0 croire que le Portugal ait pu \u00eatre aussi arri\u00e9r\u00e9 alors. Et s\u2019il s\u2019est agi d\u2019une commande d\u2019un \u00e9diteur de l\u2019\u00e9poque, on se demande ce qui a bien pu pousser un homologue fran\u00e7ais d\u2019aujourd\u2019hui a faire imprimer ce pensum \u2013 un pieux ex\u00e9g\u00e8te, il faut croire.<\/p>\n<p>Rien qui <em>\u00e9voque<\/em> Lisbonne, qui plus est, et donne \u00e0 voir un peu de ce qu&rsquo;est cette ville effectivement merveilleuse. Rien qui parle \u00e0 l&rsquo;imagination et au d\u00e9sir\u00a0! Une fastidieuse liste de monuments et de b\u00e2tisses sans \u00e2me. C&rsquo;est \u00e0 n&rsquo;y rien comprendre, si Pessoa<em> est<\/em> Lisbonne, comme on le dit, et que la ville hante son \u0153uvre comme il en a \u00e9puis\u00e9 les <em>ruas<\/em>, les <em>largos<\/em> et les <em>cal\u00e7adas<\/em> \u00e0 moiti\u00e9 ivre. N&rsquo;importe quel \u00e9crivain qui a parl\u00e9 de Lisbonne l&rsquo;a fait mieux que \u00e7a.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s-midi avec Laure, \u00e0 une terrasse du Bouffay.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1710","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notesxv"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1710","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1710"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1710\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1711,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1710\/revisions\/1711"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1710"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1710"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1710"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}