{"id":1887,"date":"2022-11-30T17:35:58","date_gmt":"2022-11-30T17:35:58","guid":{"rendered":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=1887"},"modified":"2022-12-01T10:04:34","modified_gmt":"2022-12-01T10:04:34","slug":"dimanche-30-novembre-1997-nantes-automne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=1887","title":{"rendered":"Dimanche 30 novembre 1997, Nantes (automne)"},"content":{"rendered":"<p>Vu ce soir <em>Made in Hong-Kong<\/em> avec Joris, dans la confortable et impersonnelle Cit\u00e9 des congr\u00e8s. C&rsquo;est le premier film d&rsquo;un type qui a pour nom Fruit Chan\u00a0: c&rsquo;est marrant, j&rsquo;ai not\u00e9 que<!--more--> son pr\u00e9nom s&rsquo;\u00e9crit avec le caract\u00e8re qui signifie justement \u00ab fruit\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref\">[1]<\/a>. Marie-Charlotte, qui, vu le temps que lui prend la r\u00e9alisation du journal du festival sur internet, n&rsquo;a jusque l\u00e0 pas eu le temps de voir de films, \u00e9tait l\u00e0 \u00e9galement, envoy\u00e9e par Ermold, qui le lui avait recommand\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait bien. Le premier film en comp\u00e9tition qui ne m&rsquo;ennuie pas \u00e0 mourir\u00a0; mais pas non plus d&rsquo;une folle originalit\u00e9\u00a0: dans une veine proche de Wong Kar-wai (avec, du point de vue de la mise en sc\u00e8ne l&rsquo;utilisation de l&rsquo;image arr\u00eat\u00e9e avant un cut, pour finir le plan, ou celle du ralenti de l&rsquo;image avec le son en vitesse normale), et tout de m\u00eame inf\u00e9rieur, peut-\u00eatre \u00e0 cause d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 brouillon de l&rsquo;ensemble, et de certaines r\u00e9f\u00e9rences tr\u00e8s publicitaires qui, quoique n&rsquo;\u00e9tant pas sans signification par rapport au reste, m&rsquo;ont paru en toc. Encore une fois, c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et d\u00e9sesp\u00e9rant, m\u00eame si comme \u0153uvre d&rsquo;art r\u00e9ussie c&rsquo;\u00e9tait aussi jubilatoire. Sur l&rsquo;\u00e9clatement et la d\u00e9sagr\u00e9gation de toutes les structures sociales \u00e0 Hong-Kong\u00a0; l&rsquo;\u00e9cole (que le h\u00e9ros a quitt\u00e9e parce qu&rsquo;il la trouvait minable, et qui rendrait les lyc\u00e9ens seulement capables de tabasser plus faible qu&rsquo;eux, dans leurs uniformes immacul\u00e9s)\u00a0; la famille (les parents abandonnent les enfants \u00e0 leur sort, ou du moins ne s&rsquo;en soucient gu\u00e8re)\u00a0; l&rsquo;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, qui semble ne pas donner d&rsquo;avenir autre que d&rsquo;entrer dans une organisation mafieuse ou en \u00eatre du moins d\u00e9biteur \u2014 ce qu&rsquo;on retrouve dans la plupart des films extr\u00eame-orientaux qu&rsquo;on voit en France depuis quelques temps, et qui est sans doute aussi li\u00e9 \u00e0 un <em>genre<\/em> cin\u00e9matographique sp\u00e9cifique. Tout ceci sans parler des affolantes cages \u00e0 lapins qui servent d&rsquo;appartement aux habitants\u00a0: mais l\u00e0 encore, ce n&rsquo;est peut-\u00eatre pas tellement significatif. Le choix des personnages rel\u00e8ve, lui, bien, d&rsquo;une opinion tr\u00e8s n\u00e9gative de l&rsquo;\u00e9tat de Hong Kong\u00a0; dr\u00f4le de trio, compos\u00e9 d&rsquo;un jeune type en rupture de ban, d&rsquo;un colosse retard\u00e9 mental qu&rsquo;il a pris sous son aile, et d&rsquo;une adolescente espi\u00e8gle mais sous dialyse, et qui mourra si on ne trouve aucun donneur pour lui greffer un rein\u00a0; dr\u00f4le de trio aux tribulations lamentables, men\u00e9 par un chef dont toutes les tentatives de faire le bien avortent\u00a0: alors qu&rsquo;il est clou\u00e9, impuissant et inconscient, sur un lit d&rsquo;h\u00f4pital apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre fait r\u00e9gler son compte, ce sont successivement son prot\u00e9g\u00e9, le d\u00e9bile Jackie, et la jeune fille \u00e0 qui il voulait donner un rein, qui meurent. Il ne lui reste plus que le suicide, seul moyen de retrouver ses amis et un monde qui aurait enfin du sens. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs la chape du destin qui p\u00e8se sur lui depuis le d\u00e9but, une fois qu&rsquo;il a eu r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les lettres ensanglant\u00e9es laiss\u00e9es par une jeune suicid\u00e9e qui s&rsquo;est jet\u00e9e du haut d&rsquo;un immeuble dans l&rsquo;indiff\u00e9rence la plus totale\u00a0; r\u00e9guli\u00e8rement ses nuits sont envahies par des visions de cette jeune fille, qui semble constituer une sorte d&rsquo;id\u00e9al, puisque \u00e7a le fait \u00e9jaculer \u00e0 chaque fois dans son sommeil (les sc\u00e8nes o\u00f9 il se l\u00e8ve pour laver son slip dans le lavabo sont les seules dr\u00f4les du film\u00a0; par leur r\u00e9p\u00e9tition).<\/p>\n<p>Avant la projection, le r\u00e9alisateur a regrett\u00e9 que la copie de son film soit en fran\u00e7ais et non en anglais ; je ne sais pas bien pourquoi. Mais on peut lui donner raison \u00e0 un niveau qu&rsquo;il n&rsquo;avait sans doute pas pr\u00e9vu : \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, le sous-titrage n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un francophone ; accumulant les fautes de grammaire tordues, les faux sens et les impropri\u00e9t\u00e9s, il en devenait comique (\u00ab Va te coucher. Retourne-toi dans ton lit ! \u00bb). D\u00e8s qu&rsquo;il y avait pronominalisation, ou un verbe se construisant comme r\u00e9fl\u00e9chi, on pouvait \u00eatre s\u00fbr qu&rsquo;il y aurait faute. Ce serait amusant d&rsquo;\u00e9crire une histoire en utilisant un tel style, compr\u00e9hensible, mais bourr\u00e9 de fautes et plein d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9s ; pour parfaire la chose, il faudrait la situer en Chine ou dans un pays <em>vraiment<\/em> \u00e9tranger, pour conserver l&rsquo;analogie avec le cin\u00e9ma. Il pourrait y avoir tout un travail \u00e0 faire sur la traduction culturelle en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Il semble donc qu&rsquo;il y ait \u00e0 Hong-Kong co-existence de noms chinois traditionnels, o\u00f9 le patronyme pr\u00e9c\u00e8de un \u00ab\u00a0pr\u00e9nom\u00a0\u00bb g\u00e9n\u00e9ralement en deux parties \u2014 comme Wong Kar-wai, ou ceux des personnages du film \u2014 et de noms \u00e0 l&rsquo;occidentale, dans l&rsquo;ordre inverse, avec un pr\u00e9nom d&rsquo;origine anglaise, comme celui de ce Chan, ou celui de John Woo \u2014 pour rester dans le cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe title=\"Made in Hong Kong de Fruit Chan : bande-annonce\" width=\"584\" height=\"329\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/FIowfWmYocc?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n<p>Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, j&rsquo;ai vu d&rsquo;abord <em>Les Contes cruels de la jeunesse<\/em>, film d&rsquo;Oshima mythique, et dont la r\u00e9putation n&rsquo;est pas imm\u00e9rit\u00e9e. Le parfum de scandale qu&rsquo;il a, para\u00eet-il, eu \u00e0 sa sortie au Japon ne peut plus nous appara\u00eetre que gr\u00e2ce \u00e0 une mise en perspective historique qui en amoindrit l&rsquo;effet, mais (c&rsquo;est ce qui m&rsquo;a le plus int\u00e9ress\u00e9) les partis pris de mise en sc\u00e8ne demeurent, eux, tr\u00e8s forts. Certaines techniques narratives sont un peu d\u00e9mod\u00e9es, ou du moins marqu\u00e9es par leur \u00e9poque, mais l&rsquo;utilisation de la cam\u00e9ra subjective ou des gros plans, la tonalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du montage, conservent tout leur pouvoir esth\u00e9tique. Avec ces tr\u00e8s gros plans \u00ab&nbsp;d\u00e9cadr\u00e9s&nbsp;\u00bb, qui focalisent souvent en partie sur des objets, avec une grande simplicit\u00e9 graphique, je me suis demand\u00e9 si on ne pouvait pas faire un parall\u00e8le avec le Pop Art \u2014 les plans de cigarettes, notamment, m&rsquo;ont fait penser \u00e0 Tom Wesselman. Ce film est en tout cas tr\u00e8s clairement un ant\u00e9c\u00e9dent du cin\u00e9ma extr\u00eame-oriental actuel, de Kitano \u00e0 Wong Kar-wai, autant dans la mani\u00e8re d&rsquo;user du m\u00e9dium \u2014 mani\u00e8re qui encore aujourd&rsquo;hui, donc, appara\u00eet <em>nouvelle<\/em> \u00e0 l&rsquo;\u0153il \u2014 que dans les th\u00e8mes abord\u00e9s. \u00c0 nouveau une histoire de jeunes paum\u00e9s, qui ne trouvent pas leurs marques, ou refusent celles que la soci\u00e9t\u00e9 leur propose\/impose, et font quelques conneries&nbsp;; en g\u00e9n\u00e9ral le ton n&rsquo;est gu\u00e8re positif. Tout \u00e7a me convient bien. Ce n&rsquo;est pas que le cin\u00e9ma d\u00e9voile ainsi une quelconque <em>v\u00e9rit\u00e9<\/em> du monde, que les apparences ou les pressions tendraient \u00e0 cacher (contrairement \u00e0 ce que peut parfois laisser penser le langage de certains critiques)&nbsp;: disons qu&rsquo;en en montrant les marges, il \u00e9vite l&rsquo;ankylose du propos. Et puis peut-\u00eatre l&rsquo;art a-t-il \u00e0 voir avec les ruptures, les passages. Il me semble juste de dire que sa fonction sociale est d&rsquo;\u00eatre un emp\u00eacheur de tourner en rond \u2014 m\u00eame si ce n&rsquo;est pas ce qui le d\u00e9finit en propre.<\/p>\n<p>En revanche, quoique je sois arriv\u00e9 un bon quart d&rsquo;heure avant le d\u00e9but de la s\u00e9ance, je me suis retrouv\u00e9 scotch\u00e9 au premier rang ; et dans une petite salle comme celle o\u00f9 le film \u00e9tait projet\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9sagr\u00e9able, \u00e7a m&rsquo;a rendu malade. On se retrouve tellement pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9cran qu&rsquo;on ne peut avoir qu&rsquo;une vision partielle de l&rsquo;image, et encore faut-il constamment garder la t\u00eate en arri\u00e8re. Je trouve d\u00e9j\u00e0 que ce n&rsquo;est pas du tout la mani\u00e8re ad\u00e9quate de regarder, mais en plus, avec les sous-titres, je devais constamment effectuer un mouvement de la t\u00eate de gauche \u00e0 droite pour pouvoir les lire en entier, et les brusques mouvement de la cam\u00e9ra dans les plans subjectifs me donnaient la naus\u00e9e. J&rsquo;ai cru que j&rsquo;allais pouvoir tenir (aussi parce que je r\u00e9pugne \u00e0 d\u00e9ranger l&rsquo;ordre des choses), mais j&rsquo;ai d\u00fb me lever avant la demie heure pour aller m&rsquo;assoir sur les marches vers le haut de la salle. Sinon je serais peut-\u00eatre parti. Joris, lui, trouve au contraire que si on n&rsquo;est pas compl\u00e8tement immerg\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9cran, on a l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre devant sa t\u00e9l\u00e9, et il a trouv\u00e9 que pour <em>Made in Hong Kong<\/em> on s&rsquo;\u00e9tait mis trop loin. C&rsquo;est m\u00eame le fait d&rsquo;\u00eatre assis au premier rang qui lui aurait donn\u00e9 tant de plaisir \u00e0 voir <em>Casino<\/em>.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe title=\"Contes cruels de la jeunesse (Seishun zankoku monogatari - 1960) - Bande annonce originale HD VOST\" width=\"584\" height=\"329\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/U8RSnZwW40Q?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vu ce soir Made in Hong-Kong avec Joris, dans la confortable et impersonnelle Cit\u00e9 des congr\u00e8s. C&rsquo;est le premier film d&rsquo;un type qui a pour nom Fruit Chan\u00a0: c&rsquo;est marrant, j&rsquo;ai not\u00e9 que<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1887","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notesxv"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1887","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1887"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1887\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1891,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1887\/revisions\/1891"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1887"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1887"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1887"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}