{"id":1962,"date":"2023-01-25T11:31:48","date_gmt":"2023-01-25T11:31:48","guid":{"rendered":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=1962"},"modified":"2023-01-25T11:33:59","modified_gmt":"2023-01-25T11:33:59","slug":"dimanche-soir-25-janvier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=1962","title":{"rendered":"Dimanche soir 25 janvier"},"content":{"rendered":"<p>Weekend \u00e0 Angoul\u00eame, dont je reviens juste, la grise Angoul\u00eame, o\u00f9 r\u00e9gnait un froid d&rsquo;enfer (mais o\u00f9 il n&rsquo;a pas neig\u00e9, au contraire des esp\u00e9rances \u2014 un grand caf\u00e9 de la place des halles, <!--more-->dans lequel on s&rsquo;est r\u00e9fugi\u00e9 un moment samedi apr\u00e8s-midi, avait \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 brancher son poste de t\u00e9l\u00e9 sur la cha\u00eene m\u00e9t\u00e9o du c\u00e2ble pour en \u00eatre plus s\u00fbr). Weekend longtemps report\u00e9, puisque Joris et moi l&rsquo;avions initialement pr\u00e9vu courant novembre\u00a0: c&rsquo;est qu&rsquo;il a fallu d\u00e9cider Paul et P\u00e8re, d\u2019accord pour venir, mais jamais disponibles. Le Festival de la bande dessin\u00e9e a fait l&rsquo;affaire. Pour nous, il avait peu d&rsquo;importance\u00a0: c&rsquo;est pour Greg et B\u00e9reng\u00e8re qu&rsquo;on y allait\u00a0; leur d\u00e9m\u00e9nagement en d\u00e9cembre 96 dans la maison qu&rsquo;ils occupent avait \u00e9t\u00e9 un tr\u00e8s bon moment. Passer quelques temps avec eux est toujours sympa (j&rsquo;irai jusqu&rsquo;\u00e0 croire qu&rsquo;ils pensent un peu de m\u00eame \u00e0 notre \u00e9gard). On aura d&rsquo;ailleurs peut-\u00eatre l&rsquo;occasion de revenir bient\u00f4t, puisqu&rsquo;ils d\u00e9m\u00e9nagent \u00e0 nouveau d&rsquo;ici fin f\u00e9vrier\u00a0: la maison est jolie \u2014 et bien am\u00e9nag\u00e9e \u2014 mais l&rsquo;humidit\u00e9 y fait tout moisir.<\/p>\n<p>\u00c0 part un tour au festival, le truc un peu oblig\u00e9, on n\u2019a quasi pas boug\u00e9, commen\u00e7ant par faire les fous dans la maison vendredi jusqu&rsquo;\u00e0 six heures du matin, apr\u00e8s une collation autour d&rsquo;un plateau de fromage cons\u00e9quent et une \u00e9pique discussion virant \u00e0 la prise de bec entre Joris et P\u00e8re\u00a0: celui-ci estime que Pierrick Sorin n&rsquo;est qu&rsquo;un \u00ab\u00a0parasite de l&rsquo;art\u00a0\u00bb, comme il l\u2019a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 avec emphase et conviction\u00a0: il n\u2019apporte rien, et ne vaut pas plus que cinq minutes de rigolade. \u00c7a ne pouvait laisser mon fr\u00e8re sans r\u00e9action, et a fini par nous mener, de proche en proche, sur les habituels terrains compliqu\u00e9s de la th\u00e9orie de l&rsquo;art. Art dont P\u00e8re a peut-\u00eatre une conception trop s\u00e9rieuse\u00a0: un brin rigide. Ce qui est d&rsquo;autant plus bizarre qu&rsquo;il est grand fan du dessinateur Lewis Trondheim. Celui-ci me para\u00eet se situer dans un registre proche de celui de Sorin\u00a0: \u00e0 une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qui n&rsquo;est pas feinte et souligne une modestie salutaire de la conception de son travail, d&rsquo;autres choses sont m\u00eal\u00e9es qui le sont beaucoup moins \u2013 une culture importante, aussi une inqui\u00e9tude morale palpable. La nuit a ensuite \u00e9t\u00e9 courte, et le mal de t\u00eate tenace le lendemain au r\u00e9veil\u00a0; pour ne rien arranger, comme c&rsquo;est le cas dans ces p\u00e9riodes de retrouvailles, on fume clope sur clope, sans m\u00eame savoir si on en a envie. Toujours est-il que je me suis senti cotonneux toute la journ\u00e9e, et n&rsquo;ai pu faire aussi long feu le soir. Surtout que le temps a continu\u00e9 \u00e0 s&rsquo;\u00e9tirer, lorsqu&rsquo;on attendu des heures BT et Pedro, un autre copain de P\u00e8re, et sa copine, qui arrivaient de Poitiers pour le festival (Pedro ce n\u2019est pas son vrai nom, que je connais pas)\u00a0: d&rsquo;abord dans le brouhaha puissant du grand caf\u00e9 sur la place des halles, puis \u00e0 se geler les burnes et battre le pav\u00e9 du trottoir. D\u00e9j\u00e0 que je n&rsquo;avais pas vraiment envie d&rsquo;aller voir les stands et les expos, j&rsquo;\u00e9tais pas loin de rendre les armes. J&rsquo;imaginais de maigres expositions de planches, et une cohue indescriptible dans les chapiteaux (je ne me suis pas tromp\u00e9), o\u00f9 tout le monde veut faire d\u00e9dicacer les albums qu&rsquo;il vient d&rsquo;acheter, pr\u00eat \u00e0 attendre une heure ou plus s\u2019il le faut s&rsquo;il le faut. Je me voyais d\u00e9j\u00e0 d\u00e9faillir.<\/p>\n<p>Mais le simple fait de me balader dans les all\u00e9es, de jeter un \u0153il aux albums et aux revues sur les stands m&rsquo;a passionn\u00e9. Si je ne m&rsquo;\u00e9tais pas retenu faute d&rsquo;argent j&rsquo;aurais achet\u00e9 vingt trucs au moins. Ce n&rsquo;est que partie remise. Je lis de la BD, pas beaucoup mais avec plaisir, mais je suis rarement subjugu\u00e9. M\u00eame avec des gens comme Tardi ou Prado, que je trouve pourtant talentueux. Sans doute parce que je ne connais que des auteurs finalement assez classiques, et que \u00e7a peut avoir un c\u00f4t\u00e9 poussi\u00e9reux<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref\">[1]<\/a>. C&rsquo;est en fait un monde foisonnant, o\u00f9 les quelques grands \u00e9diteurs et les habituels 85% de navrant cachent des expressions qui m\u2019ont sembl\u00e9 parmi les plus vivaces et les plus novatrices de l&rsquo;art de notre \u00e9poque. De nombreux petits \u00e9diteurs, qui varient les formats, impriment sur de beaux papiers (Ah, les horribles 21&#215;29,7 en quadri sur papier plus ou moins glac\u00e9. Ce contact-l\u00e0, d\u00e9j\u00e0, m&rsquo;agace), et surtout d\u00e9nichent des talents faramineux, se d\u00e9barrassent des normes (dont celle de \u00ab\u00a0savoir bien dessiner\u00a0\u00bb). L&rsquo;Association, par exemple, qu&rsquo;a co-fond\u00e9 Trondheim, et d&rsquo;autres du m\u00eame type, pour qui la rentabilit\u00e9 commerciale n&rsquo;est pas le premier crit\u00e8re. P\u00e8re (qui s\u2019y conna\u00eet \u2013 mais a lui aussi des go\u00fbts classiques ou de son temps) a beau dire que c&rsquo;est devenu une entreprise qui veut gagner de l&rsquo;argent, que ce n&rsquo;est plus comme avant, je suppose que c&rsquo;est encore assez diff\u00e9rent des autres \u00e9diteurs. Et ce sont ces \u00e9diteurs qui font acc\u00e9der la bande dessin\u00e9e au rang d&rsquo;art \u00e0 part enti\u00e8re\u00a0: de m\u00e9dium artistique qui dit et fait quelque chose sur notre \u00e9poque, lui apporte un sang nouveau, et r\u00e9fl\u00e9chit sur lui-m\u00eame. Mon histoire est sans doute tr\u00e8s sch\u00e9matique, mais pour moi \u2013 je d\u00e9couvre \u2013, c\u2019est une r\u00e9volution, tant dans le graphisme que le r\u00e9cit ou la conception m\u00eame de ce que peut \u00eatre un album.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai regrett\u00e9 d&rsquo;\u00eatre parti en n&rsquo;ayant vu qu&rsquo;un chapiteau sur les deux lorsque sont revenus Greg et les autres : le stand de L&rsquo;Association \u00e9tait justement dans le second, et ils en ont tous ramen\u00e9 des petits formats \u00e0 seulement 20 balles, de la collection \u00ab Pattes de mouche \u00bb, qui a des num\u00e9ros formidables : deux de Trondheim notamment \u2014 un qui pousse \u00e0 ses limites le principe du rebondissement<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref\">[2]<\/a>, <em>Imbroglio<\/em>, et une suite de syllogismes sur la mort. Si j&rsquo;ai un peu moins appr\u00e9ci\u00e9 les albums de <em>Lapinot<\/em> qu&rsquo;il a fait pour Dargaud, je les trouve un peu plus faibles que ce que j&rsquo;avais lu\/vu de lui avant, ces deux-l\u00e0, il faudra absolument que je les ach\u00e8te. Mais sur le moment j&rsquo;\u00e9tais trop fatigu\u00e9. Et l&rsquo;heure pass\u00e9e en compagnie de Berry et de la copine de Poitiers n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 regretter. Je suis tomb\u00e9 sous le charme de cette fille. On a bu du th\u00e9, elle a racont\u00e9 le conte qu&rsquo;elle met en musique pour sa ma\u00eetrise de musicologie, et tout \u00e7a m&rsquo;a rendu tr\u00e8s heureux. Sa mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre m\u2019a beaucoup plu, comme son visage. Son seul d\u00e9faut \u2014 Joris et moi l&rsquo;avions remarqu\u00e9 en contrepoint discret de ses qualit\u00e9s la premi\u00e8re fois qu&rsquo;on l&rsquo;a rencontr\u00e9e \u2014 c&rsquo;est qu&rsquo;elle a vraiment de grosses fesses. Berry elle-m\u00eame l&rsquo;a remarqu\u00e9, pour ajouter qu&rsquo;elle aussi (pas autant\u00a0; et elle sait s&rsquo;habiller pour se mettre en valeur).<\/p>\n<p>Le soir, d\u00eener dans un restaurant antillais foireux. B\u00e9reng\u00e8re en a \u00e9t\u00e9 contrari\u00e9e, s&rsquo;estimant responsable du choix\u00a0: c&rsquo;est en fait juste le premier qui, au t\u00e9l\u00e9phone, ne s&rsquo;est pas d\u00e9clar\u00e9 complet\u00a0; peut-\u00eatre pas pour rien, mais \u00e0 Angoul\u00eame pendant le festival, tout est bond\u00e9. Au retour ce soir, arr\u00eat (traditionnel) au MacDo \u00e0 la sortie de Niort. Un peu \u00e0 ma surprise il \u00e9tait bond\u00e9 lui aussi\u00a0; on y a fait un peu tache.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Ce n&rsquo;est pas que je sois contre le classique\u00a0: j&rsquo;ai toujours eu l&rsquo;intention d&rsquo;acqu\u00e9rir, quand j&rsquo;aurai de l&rsquo;argent, la collection compl\u00e8te des <em>Ast\u00e9rix<\/em>, par exemple. Mais c\u2019est une sorte de madeleine de Proust \u2014 en tout cas un plaisir li\u00e9 \u00e0 la r\u00e9it\u00e9ration (m\u00eame s\u2019il s\u2019appuie sur plein de moments qui rel\u00e8vent du g\u00e9nie).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Un proc\u00e9d\u00e9 qu&rsquo;il utilise beaucoup\u00a0: <em>Mildiou<\/em>, que j&rsquo;avais offert \u00e0 Georges il y a un an ou deux, n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une poursuite sur cent pages. Soit refaire <em>Robin des bois<\/em> en ne gardant que le duel final, et avec un lapin maladroit \u00e0 la place d&rsquo;Errol Flynn.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Weekend \u00e0 Angoul\u00eame, dont je reviens juste, la grise Angoul\u00eame, o\u00f9 r\u00e9gnait un froid d&rsquo;enfer (mais o\u00f9 il n&rsquo;a pas neig\u00e9, au contraire des esp\u00e9rances \u2014 un grand caf\u00e9 de la place des halles,<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-1962","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notesxvi"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1962","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1962"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1962\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1963,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1962\/revisions\/1963"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1962"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1962"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1962"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}