{"id":2320,"date":"2023-09-16T13:29:16","date_gmt":"2023-09-16T13:29:16","guid":{"rendered":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=2320"},"modified":"2023-09-16T13:29:17","modified_gmt":"2023-09-16T13:29:17","slug":"mercredi-16-septembre-98","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=2320","title":{"rendered":"Mercredi 16 septembre 98"},"content":{"rendered":"<p>Aucun entrain pour travailler. Surprise, \u00e0 midi, coup de t\u00e9l\u00e9phone de Paul, qui n\u2019est donc pas mort. On devrait se voir ce soir (j\u2019avais pr\u00e9vu de ne pas mettre le nez dehors pour rattraper<!--more--> le retard que j\u2019ai partout mais tant pis). Et une dr\u00f4le d\u2019histoire\u00a0: les Isra\u00e9liens ont mis des annonces dans plusieurs grands quotidiens mondiaux (dont <em>Le Monde<\/em>), offrant forte r\u00e9compense \u00e0 qui pourrait leur fournir des \u00e9l\u00e9ments permettant de retrouver la trace d\u2019un de leurs sous-marins, disparu en M\u00e9diterran\u00e9e avec tout son \u00e9quipage en\u2026 1968.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u2192 Une heure du matin. J\u2019ai retrouv\u00e9 mon Paul ! Celui qui a les yeux chinois, qui m\u2019appelle \u00ab mon petit lapin \u00bb ; Monsieur sac-\u00e0-dos ! Vu avec lui au Katorza (enti\u00e8rement r\u00e9nov\u00e9 cet \u00e9t\u00e9) <em>T\u00f4ky\u00f4 Eyes<\/em>, film de Jean-Pierre Limosin qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Cannes\u00a0; puis au Saguaro, o\u00f9 je lui ai parl\u00e9 du Qu\u00e9bec, et lui de son mois d\u2019ao\u00fbt, d\u2019une grosse cuite chez P\u00e8re dans sa nouvelle maison en terre, et de son petit voyage en \u00c9cosse o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 assistant r\u00e9alisateur quelques jours pour une pub (ce qui veut autant dire coursier et chauffeur)\u00a0: il y aurait de quoi en faire une nouvelle, entre l\u2019usine o\u00f9 d\u00e9barque l\u2019\u00e9quipe de tournage, et un super mannequin, que tous les ouvriers se mettent \u00e0 mater, le temps pourri qui oblige \u00e0 tout recr\u00e9er en studio, le r\u00e9alisateur qui fulmine<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, le tutoiement de rigueur, les chambres d\u2019h\u00f4tels \u00e0 1500 F, o\u00f9 on se balade \u00e0 poil, enfile le bonnet de bain et pique les sachets de th\u00e9 juste pour le plaisir. Si \u00e7a ne me para\u00eet pas trop r\u00e9chauff\u00e9 lorsque j\u2019aurai le temps, j\u2019essaierai de m\u2019y mettre\u00a0; un petit truc sans pr\u00e9tention ni morale (toujours une tentation de mettre du sens dans ce qu\u2019on \u00e9crit, de vouloir aller vers un but d\u00e9termin\u00e9 \u2014 le mot de <em>morale<\/em> est trop fort, mais il indique bien la nature de la tentation<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Alors qu\u2019il faut laisser couler, ne pas avoir peur d\u2019une t\u00e9nuit\u00e9 de surface).<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u00fb un peu le pousser pour aller voir <em>T\u00f4ky\u00f4 Eyes<\/em>, lui voulait plut\u00f4t voir <em>La Vie r\u00eav\u00e9e des anges<\/em>, qui vient de sortir, mais on aurait pu suivre son avis (quoique l\u2019autre, ce soit tout \u00e0 fait le film fran\u00e7ais genre <em>Western<\/em>, susceptible de me mettre mal \u00e0 l\u2019aise parce que je m\u2019investis trop dans ce qui se passe sur l\u2019\u00e9cran)\u00a0: \u00e7a ne valait quand m\u00eame pas les critiques dythirambiques que j\u2019en ai lu. Il y avait un c\u00f4t\u00e9 <em>mode<\/em> assez aga\u00e7ant, plut\u00f4t que <em>moderne<\/em>, avec un acteur principal plein de pose, et au look de h\u00e9ros de manga trop bien \u00e9tudi\u00e9 \u2014 d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale (et ce n\u2019est en revanche pas forc\u00e9ment un d\u00e9faut, c\u2019est un parti-pris) on ne croit pas un instant aux personnages, trop exag\u00e9r\u00e9s\u00a0: rien d\u2019un film r\u00e9aliste. Et puis une accumulation de \u00ab\u00a0signes\u00a0\u00bb de branchitude, comme on dit chez les amis de Roland Barthes, un peu trop voyante\u00a0; le trop grand nombre d\u2019\u00e9crans vid\u00e9o chez le mec, sa collection de vinyles trop monstrueuse, \u00e0 tel point qu\u2019on aurait pu croire que la sc\u00e8ne \u00e9tait film\u00e9e chez Thurston Moore\u00a0; le type aux yeux de cam\u00e9 (rouges et cern\u00e9s) qui entre dans l\u2019appart et se met illico \u00e0 mixer de la bonne vieille techno hardcore comme s\u2019il faisait \u00e7a tous les jours (bon, il fallait bien un pr\u00e9texte pour que les deux autres personnages se mettent \u00e0 danser), les fringues vraiment <em>trop<\/em> d\u00e9chir\u00e9es, etc. C\u2019est fou de penser que le r\u00e9alisateur a d\u00fb beaucoup travailler avec les com\u00e9diens pour qu\u2019ils n\u2019en fassent pas des tonnes, selon la mani\u00e8re japonaise traditionnelle, et qu\u2019une fois fait cela, il reproduit un ph\u00e9nom\u00e8ne identique dans son r\u00e9cit, qui en devient cern\u00e9 de toutes parts par des \u00e9l\u00e9ments tellement <em>signifiants<\/em>, comme diraient toujours les m\u00eames amis de Roland Barthes<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, que \u00e7a en devient presque de la vulgarit\u00e9. Que le Japon d\u2019aujourd\u2019hui (ou Taiwan, Hong-Kong, \u00e0 vrai dire) puisse nous para\u00eetre naturellement vulgaire, \u00e7a n\u2019est pas impossible \u2014 du moins ce qu\u2019en montrent les films, o\u00f9 tout n\u2019est que tr\u00e9pidation et lumi\u00e8res violentes (est-ce que les gens vivent vraiment dans ce genre d\u2019ambiance\u00a0? \u00e0 voir, \u00e7a ressemble trop aux reportages qu\u2019on voit au journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 sur les jeunes-qui-aiment-vraiment-trop-la-techno-et-s\u2019\u00e9clatent-dans-les-raves. Si c\u2019est une <em>m\u00e9taphore<\/em> de leur genre de vie, \u00e7a donne pas trop envie de l\u2019essayer). Apr\u00e8s tout, c\u2019est peut-\u00eatre aussi une fa\u00e7on de montrer un monde qui va trop vite, de m\u00eame que les exc\u00e8s des deux jeunes h\u00e9ros, ceux d\u2019un monde o\u00f9 il faut en profiter de fa\u00e7on tr\u00e8s <em>voyante<\/em> avant de rentrer dans le rang (ainsi que l\u2019a expliqu\u00e9 le r\u00e9alisateur), de devenir un de ces rouages anonymes en costume terne qui s\u2019endorment dans le m\u00e9tro en rentrant chez eux \u2014 clich\u00e9 habituel de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine, et en particulier du Japon, qui indique peut-\u00eatre tout autant la peur de tomber l\u00e0-dedans qu\u2019une r\u00e9alit\u00e9. De ce point de vue, la ville est film\u00e9e de mani\u00e8re habituelle (avec de nombreux flous)\u00a0: \u00e0 la fois infinie et exigu\u00eb dans chacune de ses parties, z\u00e9br\u00e9es \u00e0 tout moment de c\u00e2bles \u00e9lectriques et de raies de lumi\u00e8re dans la nuit \u2014 stressante. Que les images soient le fait d\u2019un \u00e9tranger qui d\u00e9couvrait T\u00f4ky\u00f4, difficile de dire si \u00e7a change quoi que ce soit. On voit bien les petits quartiers aux rues \u00e9troites, qui contrastent avec le <em>downtown<\/em> bouillonnant, mais j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 vu \u00e7a plusieurs fois, notamment dans <em>Falling into the Evening<\/em>, au festival de cin\u00e9ma de Montr\u00e9al avec Cl\u00e9ment et H\u00e9l\u00e8ne, o\u00f9 il en ressortait plut\u00f4t une impression de calme (film plut\u00f4t dans une tradition qui le relierait aux romans de Kawabata \u2014\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire pouvant passer pour mi\u00e8vre<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> \u2014, avec une h\u00e9ro\u00efne immature ressemblant assez \u00e0 la Hinano de <em>T\u00f4ky\u00f4 Eyes<\/em>, quoiqu\u2019en beaucoup plus suicidaire).<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9ressant dans le film, ce qui le rend tout de m\u00eame plaisant \u00e0 voir, ce n\u2019est pas \u00e7a en tant que tel, non plus que l\u2019histoire, \u00e0 la fois t\u00e9nue et un peu embrouill\u00e9e, et \u00e0 laquelle on ne porte pas un int\u00e9r\u00eat d\u00e9mesur\u00e9 (celle d\u2019un type avec de grosses lunettes en \u0153il d\u2019insecte, qui tue les gens avec un gros pistolet mais en fait ne les tue pas<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, et est suivi, de ce fait par une petite coiffeuse intrigu\u00e9e, qui tombe amoureuse de lui, apr\u00e8s avoir h\u00e9sit\u00e9 un moment \u00e0 le d\u00e9noncer \u00e0 son fr\u00e8re qui est le flic charg\u00e9 de l\u2019arr\u00eater)\u00a0; c\u2019est le spectacle d\u2019une adolescence un peu fofolle, qui fait n\u2019importe quoi sans que \u00e7a aboutisse vraiment, et sans que \u00e7a ait une port\u00e9e autre que de d\u00e9finir les personnages \u2014 parce qu\u2019on a parl\u00e9 de message politique, ou de trucs de ce genre\u00a0: mais faire peur avec son flingue \u00e0 de m\u00e9chants commer\u00e7ants qui virent les clients qui ne leur reviennent pas, \u00e0 des chauffeurs de bus racistes qui humilient des immigr\u00e9s iraniens, ou \u00e0 un connard qui traite sa copine comme de la merde, \u00e7a ne va tout de m\u00eame pas tr\u00e8s loin\u00a0; \u00e7a fait Robin des bois de seconde zone. Dans ce domaine, la difficult\u00e9 qu\u2019ont les personnages \u00e0 s\u2019ins\u00e9rer, et les enseignements qu\u2019ils en tirent, sont bien plus int\u00e9ressants dans <em>L\u2019\u00c2ge des possibles<\/em> de Pascale Ferran, par exemple, justement parce que ce n\u2019y est pas mis autant en avant. C\u2019est surtout le personnage de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, et la mani\u00e8re dont il est incarn\u00e9 par l\u2019actrice Hinano Yoshikawa, sorte de Vanessa Paradis locale, star \u00e0 dix-huit ans, qui cr\u00e8ve litt\u00e9ralement l\u2019\u00e9cran. Une petite lolita boudeuse et ravissante, au rire de cr\u00e9celle et aux grands yeux \u00e9carquill\u00e9s (et puis parfois elle les plisse l\u00e9g\u00e8rement, et c\u2019est \u00e7a qui fait tout le charme, comme chaque fois qu\u2019elle regarde par en dessous en se mordillant la l\u00e8vre inf\u00e9rieure. Moi, elle m\u2019a fait penser \u00e0 Bambi). On tombe amoureux d\u2019elle d\u00e8s son apparition \u00e0 l\u2019image, et c\u2019est elle qui tire le film d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, m\u00eame dans les moments o\u00f9 elle est le plus insupportablement artificielle. Elle <em>joue<\/em>, \u00e7a se voit, mais on ne voit qu\u2019elle.<\/p>\n<p>J\u2019oubliais ; il y a aussi Kitano, comme je l\u2019ai dit, dans un petit r\u00f4le de yakusa minable, de cr\u00e9tin du bas de l\u2019\u00e9chelle, tr\u00e8s cr\u00e9dible ; et qui a pris un tel accent populaire que m\u00eame sans comprendre un mot de japonais on le sent.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Un type qui adore les piscines, et ne choisit jamais que des h\u00f4tels o\u00f9 il y en a une\u00a0: le maillot de bain est donc presque la pi\u00e8ce essentielle de sa tenue de travail.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00c7a ne touche peut-\u00eatre pas les \u00e9crivains\u00a0; mais je n\u2019en fais pas partie.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Sur le Japon, difficile d\u2019y \u00e9chapper.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> C\u2019\u00e9tait du moins l\u2019avis de Cl\u00e9ment.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Parce que, malin, il a bricol\u00e9 le canon de son pistolet pour que \u00e7a tire \u00e0 c\u00f4t\u00e9 lorsqu\u2019il vise les gens en pleine tronche \u2014 le tout \u00e9tant qu\u2019ils ne bougent pas. (ou pas malin d\u2019ailleurs, quand il se prend \u00e0 la fin une balle justement parce que Kitano en face ne le visait pas)<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe title=\"Tokyo Eyes - Bande annonce FR\" width=\"584\" height=\"329\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/TNsFE1dJYZQ?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aucun entrain pour travailler. Surprise, \u00e0 midi, coup de t\u00e9l\u00e9phone de Paul, qui n\u2019est donc pas mort. 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