{"id":2712,"date":"2024-05-22T11:55:14","date_gmt":"2024-05-22T11:55:14","guid":{"rendered":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=2712"},"modified":"2024-05-22T11:55:15","modified_gmt":"2024-05-22T11:55:15","slug":"samedi-22-mai-1999-nantes-tot-pour-un-samedi-soir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=2712","title":{"rendered":"Samedi 22 mai 1999, Nantes (t\u00f4t pour un samedi soir)"},"content":{"rendered":"<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 mauvaise langue hier. Tant pis, je n\u2019effacerai pas pour autant. En fin d\u2019apr\u00e8s-midi, on est finalement bien all\u00e9 voir le Tsai Ming-liang ensemble <!--more-->(une seule s\u00e9ance par jour, et on n\u2019\u00e9tait pas nombreux). Avec St\u00e9phanie et sa s\u0153ur. Puis pris un verre en terrasse au Bouffay, rejoints par Jennifer. S\u00e9verine, la s\u0153ur de St\u00e9phanie, donc, est agr\u00e9able\u00a0; et jolie fille. Ses d\u00e9fauts sont qu\u2019elle travaille pour une grosse entreprise agro-alimentaire (ou quelque chose dans ce go\u00fbt-l\u00e0), et que son copain est madeliniste (para\u00eet-il). Pas un mince p\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019ai bien aim\u00e9 le film, qui a en revanche ennuy\u00e9 mes camarades. Peut-\u00eatre que d\u2019en avoir vu deux avant permet d\u2019entrer dans l\u2019univers du cin\u00e9aste plus facilement, parce que c\u2019est vrai que c\u2019est difficile ; et lent, et toujours glauque. Je m\u2019\u00e9tais d\u2019ailleurs plut\u00f4t emmerd\u00e9 \u00e0 la projection des <em>Rebelles du dieu N\u00e9on<\/em>, le premier que j\u2019ai vu il y a un an. Et puis on s\u2019habitue. Il y a bien deux ou trois moments o\u00f9 je me suis agit\u00e9 sur mon si\u00e8ge ou ai craint de sombrer dans le sommeil, mais c\u2019est parce que j\u2019avais tr\u00e8s chaud au pieds, et qu\u2019il fallait bien dig\u00e9rer le repas d\u2019anniversaire de Papa ce midi, o\u00f9 Maman s\u2019est surpass\u00e9e (comme d\u2019habitude). On retrouve exactement les m\u00eames ingr\u00e9dients que dans les autres films du r\u00e9alisateurs \u2014 et les m\u00eames acteurs, Lee Kang-sheng en premier, \u00e9videmment<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> (toujours excellent dans des situations pas tr\u00e8s faciles \u00e0 jouer\u00a0; minimaliste le reste du temps)\u00a0: les appartements d\u00e9labr\u00e9s, les zones souterraines semi-industrielles, et l\u2019eau. L\u00e0, c\u2019est bien simple, il pleut tout le temps\u00a0; il ne doit pas y avoir un seul moment o\u00f9 le bruit d\u2019une pluie diluvienne n\u2019occupe pas le fond de la bande sonore. Et il y a des fuites entre les \u00e9tages. C\u2019est m\u00eame de l\u00e0 que vient l\u2019essentiel de l\u2019histoire, et le titre\u00a0: pour v\u00e9rifier qu\u2019il n\u2019y a pas une fuite dans un des tuyaux passant dans le sol de l\u2019appartement de Lee Kang-sheng (\u00e7a ne cesse de tomber dans celui de la femme qui vit en dessous, comme d\u2019habitude, elle est m\u00eame oblig\u00e9e de tenir une bassine au-dessus de sa t\u00eate lorsqu\u2019elle est assise sur les chiottes), un plombier y a creus\u00e9 un trou qui a perc\u00e9 le plafond du dessous. D\u2019o\u00f9 un lien entre les deux personnages, dont on suit au d\u00e9part les tribulations s\u00e9par\u00e9ment. Le gar\u00e7on observe la fille, vomit par l\u2019orifice un soir o\u00f9 il trop bu, y verse de la cendre de cigarette, et finit par l\u2019agrandir assez pour y passer sa jambe, puis un corps tout entier. La communication progressive entre les deux \u00eatre me semble d\u2019ailleurs une \u00e9claircie par rapport aux autres films de Tsai Ming-liang que j\u2019ai vu. Dans <em>La Rivi\u00e8re<\/em>, par exemple, on n\u2019arrivait qu\u2019\u00e0 peine \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans l\u2019appartement du dessus d\u2019o\u00f9 provenaient les gigantesques fuites d\u2019eau dans celui des protagonistes. Quoique \u00e7a en donnait \u00e0 la fin l\u2019explication, alors qu\u2019ici on n\u2019a aucune, mis \u00e0 part le fait qu\u2019il pleut \u00e0 verse \u2014 non plus qu\u2019on n\u2019en avait dans celui o\u00f9 l\u2019eau remontait du sol par les orifices d\u2019\u00e9vacuation<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Mais que puisse se d\u00e9velopper un amour salvateur entre les deux personnages, voil\u00e0 qui est nouveau. C\u2019est d\u2019ailleurs une belle sc\u00e8ne que la derni\u00e8re, la fille \u00e9tait malade, semblait condamn\u00e9e (tout se passe dans un quartier qui a \u00e9t\u00e9 mis en quarantaine \u00e0 cause d\u2019une grave \u00e9pid\u00e9mie virale qui transforme les gens en des sortes d\u2019insectes humains, rampant et cherchant l\u2019humidit\u00e9 et l\u2019obscurit\u00e9 comme les cafards \u2014 c\u2019est pourquoi il y a aussi peu de personnages\u00a0: ceux qui n\u2019ont pas voulu fuir, sans qu\u2019on sache leurs raisons), le gar\u00e7on lui passe un verre d\u2019eau par le trou, puis tend son bras, et lentement, la remonte vers la lumi\u00e8re. En un long plan immobile, <em>\u00e0 plat<\/em>, qui ne montre pas le plafond. Les plans-s\u00e9quences immobiles sont d\u2019ailleurs quasiment une constante, et toujours tr\u00e8s compos\u00e9s, d\u2019une mani\u00e8re antonionienne, g\u00e9om\u00e9triques (l\u2019architecture s\u2019y pr\u00eate, comme chez Antonioni), et multipliant les plans de distance. Ils composent un univers d\u2019enfermement bizarre, accentu\u00e9 par le fait qu\u2019il y a rarement plus d\u2019un personnage \u00e0 la fois. Tsai Ming-liang applique \u00e9galement ce principe \u00e0 la d\u00e9ception des attentes\u00a0: si la femme l\u00e8ve la t\u00eate pour regarder le plafond, le plan ne changera pas jusqu\u2019\u00e0 la fin de la sc\u00e8ne, il ne montrera jamais ce qu\u2019elle voit en plan subjectif (ou pas). On peut en relever de nombreux exemples, qui finissent par donner une marque stylistique tr\u00e8s puissante \u2014 et tout \u00e0 fait chinoise\u00a0: c\u2019est aussi fr\u00e9quent chez Hou Hsiao-hsien, il me semble. Sauf qu\u2019ici de ce vide na\u00eet une grande tension, sourd un malaise irr\u00e9pressible. Les films de Tsai Ming-liang sont \u00e9minemment <em>inconfortables<\/em>. Avec des \u00e9l\u00e9ments inexplicables, dont la r\u00e9currence devient obs\u00e9dante\u00a0; la pluie \u00e9videmment, la maladie de cou de Lee Kang-sheng dans <em>La Rivi\u00e8re<\/em>, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie ici, ou les sacs d\u2019ordures r\u00e9guli\u00e8rement balanc\u00e9s des \u00e9tages sup\u00e9rieurs dans la cour au milieu de l\u2019immeuble (dont on ne voit jamais le bas, \u00e0 vrai dire, les plans sont le plus souvent horizontaux), sans que les personnages \u00e0 c\u00f4t\u00e9 desquels ils passent s\u2019en \u00e9meuvent. Lorsqu\u2019on sort, on a envie de soleil, ou de passer sous une douche pour se sentir propre. L\u2019\u00eatre humain est englu\u00e9 dans un univers \u00e0 la limite de la science-fiction <em>cheap<\/em>, dont il parvient rarement \u00e0 s\u2019extraire. Et il n\u2019y a jamais beaucoup d\u2019explications. Tsai Ming-liang avoue avoir beaucoup de mal \u00e0 regarder les films am\u00e9ricains, et on le comprend\u00a0: son cin\u00e9ma est aux antipodes. Est-ce une \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb (un terme \u00e0 toujours employer avec pr\u00e9caution) ou un trait de la culture chinoise\u00a0? c\u2019est tr\u00e8s <em>graphique<\/em> (mais sans une pesanteur rigidifiante dans l\u2019image), et il reste tr\u00e8s \u00e9vasif sur ce qui se passe. L\u00e0 on finit par comprendre que l\u2019essentiel des relations qui s\u2019esquissent entre la femme et le gar\u00e7on est \u00e0 chercher dans les s\u00e9quences les plus inattendues\u00a0: des chansons de com\u00e9die musicale tr\u00e8s ann\u00e9es 60 qui arrivent comme des cheveux sur la soupe, film\u00e9es en costumes kitsch, mais dans les lieux m\u00eames o\u00f9 se situe l\u2019action\u00a0: ascenseur, escalier d\u2019immeuble, etc\u2026 Ce sont les paroles qui le r\u00e9v\u00e8lent. C\u2019est assez fort. Et totalement r\u00e9fractaire \u00e0 toute tentative d\u2019identification. Tout \u00e0 fait le genre de film qui se bonifie en pens\u00e9e des jours encore apr\u00e8s qu\u2019on l\u2019ait vu. Ce sont les meilleurs, ceux qui cheminent en nous.<\/p>\n<p>En revanche, je n\u2019ai pas du tout accroch\u00e9 au <em>Temps retrouv\u00e9<\/em>. J\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a chiant comme la pluie. D\u00e9j\u00e0, il y a le fait que j\u2019avais lu dans PIL\u2019 que \u00e7a durait une heure quarante, alors que \u00e7a durait en fait <em>deux<\/em> heures quarante (je trouve \u00e7a long, mes facult\u00e9s d\u2019attention ont du mal \u00e0 \u00eatre au mieux aussi longtemps, et je n\u2019aime pas d\u00e9crocher dans un film\u00a0; et en plus, Joris nous avait invit\u00e9 \u00e0 passer chez lui boire un coup et \u00ab\u00a0manger le dessert\u00a0\u00bb apr\u00e8s le d\u00eener que St\u00e9phanie et lui avaient pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 Emmanuelle et Philippe)\u00a0; je me suis agit\u00e9 sur mon si\u00e8ge les deux tiers du temps. Mais \u00e7a m\u2019a aussi paru tr\u00e8s rat\u00e9. Au contraire de la plupart des critiques dignes d\u2019int\u00e9r\u00eat que j\u2019ai pu en lire. Je ne dis pas que Ruiz n\u2019a pas trouv\u00e9 des solutions cin\u00e9matographiques ing\u00e9nieuses aux probl\u00e8mes pos\u00e9s par l\u2019adaptation, ni que son film n\u2019est pas riche\u00a0; mais je persiste \u00e0 ne pas bien voir l\u2019int\u00e9r\u00eat de la chose. C\u2019est \u00e0 mon sens assez vain. Et tr\u00e8s froid. Il ne rend rien de ce qu\u2019on peut ressentir \u00e0 la lecture de Proust \u2014 je doute d\u2019ailleurs que quelqu\u2019un qui n\u2019en aurait aucune notion r\u00e9ussisse \u00e0 ne pas s\u2019y perdre, il y a beaucoup trop de personnages, qui n\u2019apparaissent, pour certains, que quelques sc\u00e8nes, la chronologie est trop entrechoqu\u00e9e. Je ne dis pas, l\u00e0 non plus, qu\u2019il aurait fallu aplatir le tout\u00a0; mais dans <em>La Recherche<\/em>, les s\u00e9quences sont suffisamment longues pour qu\u2019on ne se sente pas ainsi perdu\u00a0; l\u00e0, je ne vois pas trop bien ce qu\u2019on peut en retenir au-del\u00e0 d\u2019une impression des plus superficielle.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Je crois m\u00eame qu\u2019il a d\u00e9clar\u00e9 souhaiter faire tous ses films avec lui, pour le voir vieillir peu \u00e0 peu, \u00e9voluer. Mais vue la fr\u00e9quence avec laquelle on le voit en slip \u00e0 chaque fois, c\u2019est peut-\u00eatre aussi parce qu\u2019il est amoureux de lui.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Je n\u2019arrive plus \u00e0 me rappeler si c\u2019est dans <em>Rebels of the Neon God<\/em> ou non.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed aligncenter is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe title=\"The Hole | Trailer\" width=\"584\" height=\"329\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/sR4kxzwtNro?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 mauvaise langue hier. 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