{"id":2859,"date":"2024-09-08T09:45:24","date_gmt":"2024-09-08T09:45:24","guid":{"rendered":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=2859"},"modified":"2024-09-08T09:45:24","modified_gmt":"2024-09-08T09:45:24","slug":"lundi-6-septembre-1999-nantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=2859","title":{"rendered":"Lundi 6 septembre 1999, Nantes"},"content":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui, je n\u2019ai pas travaill\u00e9 \u00e0 plus de 5% de mes capacit\u00e9s\u00a0: autant dire que je n\u2019ai rien fait. \u00c0 moins de consid\u00e9rer que c\u2019\u00e9tait une \u00e9tape (dommageable mais) peut-\u00eatre n\u00e9cessaire de ratiocination, on peut dire que je n\u2019ai rien fait. <!--more-->\u00c0 y r\u00e9fl\u00e9chir maintenant, je me demande \u00e0 quoi j\u2019ai bien pu passer ma journ\u00e9e\u2026 En fin d\u2019apr\u00e8s-midi, peu motiv\u00e9, j\u2019ai voulu me mettre \u00e0 \u00e9crire directement sur l\u2019ordinateur, vu qu\u2019Ermold avait pouss\u00e9 les hauts cris en entendant que je r\u00e9digeais d\u2019abord \u00e0 la main, que c\u2019\u00e9tait une \u00e9norme perte de temps\u00a0; mais je n\u2019ai r\u00e9ussi, les yeux dans le vague, et l\u2019habituelle d\u00e9testation de moi-m\u00eame au bord des l\u00e8vres, qu\u2019\u00e0 recopier quelques notes que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 recopi\u00e9e sur papier hier\u2026 Puis Joris est arriv\u00e9 du Croisic, on a pris un ap\u00e9ro, je l\u2019ai ramen\u00e9 chez lui, et voil\u00e0, la journ\u00e9e se termine. Demain matin, j\u2019ai ma premi\u00e8re r\u00e9union \u00e0 Saint-Nazaire, il faudrait tout de m\u00eame r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que je vais faire, si jamais on me le demande\u00a0; et pour avoir l\u2019air s\u00fbr de mon fait. Ce n\u2019est pas si grave, mais avec mon sens coutumier de la diplomatie, j\u2019ai tendance \u00e0 ne pas voir de moyen terme entre le tout et le rien\u00a0: soit je pr\u00e9pare \u00e0 mort (ce qui finira de toute fa\u00e7on par arriver), soit j\u2019arrive les mains dans les poches sans avoir rien foutu, tout montrant que je m\u2019en fous, presque que je suis l\u00e0 par hasard (et qu\u2019\u00e0 la limite je ne m\u00e9rite pas le travail qu\u2019on m\u2019a confi\u00e9). Pour le moment, je passe le plus clair de mon temps \u00e0 me trouver nul, ou plut\u00f4t nul\u00a0: et si on regarde les r\u00e9sultats avec un minimum de recul, c\u2019est un fait. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je suis sorti acheter quelques bouquins en vue de pr\u00e9parer mes cours\u00a0: des trucs absolument sans int\u00e9r\u00eat, des conneries pures et simples, mais il faut bien avoir quelques id\u00e9es, quelques supports (je n\u2019ai vraiment pas trouv\u00e9 grand-chose et je n\u2019avais pas envie de m\u2019arr\u00eater \u00e0 demander des renseignements). J\u2019ai ainsi pris deux trucs de psychologie de comptoir, de \u00ab\u00a0l\u2019analyse transactionnelle\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0programmation neurolinguistique\u00a0\u00bb\u00a0: \u00e7a ne veut rien dire, mais c\u2019est comme pour les horoscopes ou la num\u00e9rologie, on ne peut s\u2019emp\u00eacher de s\u2019y projeter quand m\u00eame. Surtout lorsqu\u2019on est peu s\u00fbr de soi. Et alors qu\u2019est-ce qu\u2019on prend dans la gueule\u00a0! En gros, j\u2019ai pu dresser un portrait de moi-m\u00eame encore pire que ce que je d\u00e9verse ici \u00e0 longueur de pages. C\u2019\u00e9tait sympa. Donc \u00e7a n\u2019a pas am\u00e9lior\u00e9 mon moral. M\u00eame si je ne veux pas devenir un gagneur\u2026 et puis, si, en fait, j\u2019aimerais bien, apr\u00e8s tout\u00a0: je ne suis m\u00eame pas assez fort pour savoir \u00e9viter ces s\u00e9ductions bas de gamme.<\/p>\n<p>Je fume comme un pompier. \u00c7a tombe comme des cheveux sur la soupe, mais je crois que je vais parler de <em>Kadosh<\/em>\u00a0; pour ancrer mes souvenirs. \u00c7a va nous permettre de faire une exp\u00e9rience psychologique int\u00e9ressante\u00a0: vais-je r\u00e9ussir \u00e0 entrer dans mon texte ou pas\u00a0? Je suppose qu\u2019au moins le d\u00e9but va para\u00eetre tr\u00e8s forc\u00e9, sans doute b\u00eata, parce que vais me sentir oblig\u00e9 de dire quelques mots de l\u2019histoire pour entrer dans le sujet (je vais allumer une clope\u00a0: je sais parfaitement que \u00e7a ne m\u2019aidera en rien, au contraire, mais je vais le faire quand m\u00eame)\u00a0; peut-\u00eatre qu\u2019en cours de route \u00e7a s\u2019am\u00e9liorera. Donc, voil\u00e0, c\u2019est une histoire qui se d\u00e9roule \u00e0 J\u00e9rusalem dans le milieu des Juifs ultra-orthodoxes, ceux qui n\u2019ont que le moins de contacts possibles avec le monde \u00ab\u00a0ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb, celui des <em>autres<\/em>, comme ils disent, les Isra\u00e9liens la\u00efques<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, ces autres dont ils pensent qu\u2019ils finiront par les submerger, puisqu\u2019eux font des enfants\u00a0: c\u2019est m\u00eame une de leurs raisons de vivre principales, et un des th\u00e8mes clef du film. D\u2019apr\u00e8s les propos d\u2019Amos Gita\u00ef que j\u2019ai lus, c\u2019est m\u00eame le premier film tourn\u00e9 dans le quartier o\u00f9 ils demeurent, Mea Shearim \u2014 il faut dire que non seulement ces gens vivent tr\u00e8s referm\u00e9s sur eux-m\u00eames mais aussi qu\u2019ils refusent les m\u0153urs m\u00e9diatiques du monde modernes jusqu\u2019\u00e0 bannir les images, et donc le cin\u00e9ma (une interpr\u00e9tation radicale, mais possible, de la Bible.)<\/p>\n<p>On sait de quel c\u00f4t\u00e9 est le r\u00e9alisateur, et le film l\u2019illustre peu \u00e0 peu, mais son propos n\u2019en est pas pour autant une pure condamnation comme \u00e7a pourrait \u00eatre le cas dans un film am\u00e9ricain (le genre est tr\u00e8s diff\u00e9rent, mais je pense notamment \u00e0 <em>Mississipi Burning<\/em> de ce mauvais cin\u00e9aste qu\u2019est Alan Parker, dont le louable propos anti-raciste prend le spectateur en otage d\u2019un spectaculaire de tr\u00e8s mauvais aloi\u00a0: il est \u00e9vident qu\u2019on ne va pas d\u00e9fendre les types du Klu Klux Klan, qu\u2019on les condamne\u00a0; mais transformer de fa\u00e7on syst\u00e9matique tout le monde en salauds criminels, de montrer tous les gens du pays immondes met tellement sur les dents contre eux, qu\u2019il suffit qu\u2019on sorte du cadre du film pour imm\u00e9diatement \u00ab\u00a0ne pas y croire\u00a0\u00bb, s\u2019\u00e9crier que c\u2019est trop, que Parker ne nous a en fait rien montr\u00e9 qu\u2019une nouvelle version du combat du Bien contre le Mal, un bon vieux mythe \u2014 ou une fiction \u2014 mal d\u00e9grossi(e), et qu\u2019il aurait pu tourner n\u2019importe quel sujet, \u00e7a n\u2019aurait rien chang\u00e9. On peut penser l\u00e9gitimement (et c\u2019est m\u00eame une tendance in\u00e9luctable de l\u2019esprit humain) que toutes les situations se r\u00e9sument \u00e0 quelques sch\u00e9mas assez simples\u00a0: mais lui a le sch\u00e9ma d\u00e8s le d\u00e9part, et il le plaque sur le sujet. Il n\u2019a rien compris \u00e0 ce qu\u2019il pr\u00e9tend filmer, il fait une caricature de la vie, et le seul int\u00e9r\u00eat de son film est de provoquer un bon gros d\u00e9foulement, d\u2019autant plus qu\u2019on sait qu\u2019on est du c\u00f4t\u00e9 du Bien (du moins en est-on persuad\u00e9). D\u2019ailleurs, ses intentions ne trompent pas, puisque tout est bas\u00e9 sur un fait divers \u2014 atroce en effet. Il ne fait <em>que<\/em> du spectacle). Tout \u00e7a n\u2019a bien s\u00fbr rien \u00e0 voir avec Amos Gita\u00ef, qui est plus fin sans commune mesure\u00a0: il \u00e9vite m\u00eame, justement, tout spectaculaire, choisit de ne pas \u00e9voquer tous les faits divers qui illustreraient sans difficult\u00e9 l\u2019intol\u00e9rance de ces <em>haredim<\/em> \u2014 \u00ab\u00a0<em>Ceux qui craignent Dieu<\/em>\u00a0\u00bb \u2014 ainsi qu\u2019ils s\u2019appellent. \u00c0 la sortie du cin\u00e9ma, j\u2019ai m\u00eame entendu une spectatrice (on n\u2019\u00e9tait pas nombreux dans la salle) dire, un peu d\u00e9pit\u00e9e, \u00ab\u00a0<em>Mais il ne se passe vraiment rien dans ce film\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb. Mon dieu. <em>A des yeux et ne voit point<\/em> comme aime dire Joris\u00a0: il s\u2019y passe au contraire des milliers de choses\u00a0: mais \u00ab\u00a0l\u2019action\u00a0\u00bb \u2013 quel terme ridicule \u2013 est effectivement r\u00e9duite \u00e0 pas grand-chose. D\u2019autant plus que le r\u00e9alisateur a souvent un \u0153il de documentariste sur son sujet, il passe de longues sc\u00e8nes \u00e0 simplement montrer en plan fixe des rituels religieux, comme dans le plan-s\u00e9quence qui ouvre, o\u00f9 un type se r\u00e9veille, v\u00eatu d\u2019\u00e9trange fa\u00e7on, et accomplit minutieusement des d\u00e9votions compliqu\u00e9es, avant de s\u2019habiller, une fois habill\u00e9. Il porte une grande attention aux gestes les plus simples qui sont int\u00e9gr\u00e9s comme des automatistes par les gens\u00a0: par exemple le type qui enl\u00e8ve sa chemise (par la t\u00eate, ce sont des chemises simplement ouvertes sur la poitrine) \u00f4te d\u2019abord sa kippa, puis la remet une fois la chemise \u00f4t\u00e9e. Il porte d\u2019ailleurs principalement son attention sur les rites, pas sur la vie quotidienne dans son ensemble\u00a0: si on n\u2019est pas au courant (ce qui est mon cas), on se demande d\u2019ailleurs comment vivent ces gens\u00a0; leur niveau de vie est tr\u00e8s modeste \u2014 et il l\u2019est d\u2019autant plus qu\u2019ils refusent tout \u00e9l\u00e9ment de la modernit\u00e9, ils vivent dans des r\u00e9duits minuscules et d\u00e9labr\u00e9s \u2014 mais il leur faut bien quelques moyens de subsistance\u00a0: et l\u00e0, peu d\u2019informations. Les hommes n\u2019ont pas vraiment l\u2019air de travailler, ils sont tout le temps \u00e0 la synagogue (un dr\u00f4le de lieu d\u2019ailleurs, tr\u00e8s foutoir), et il est dit \u00e0 plusieurs reprises qu\u2019un homme doit passer ses journ\u00e9es \u00e0 \u00e9tudier la Torah\u00a0; Rivka, une des deux h\u00e9ro\u00efnes<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> semble tenir la comptabilit\u00e9 dans un petit magasin\u00a0: mais c\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qu\u2019on sait sur ce sujet. Je suppose tout de m\u00eame que les hommes de la communaut\u00e9 doivent avoir un emploi, puisque le seul r\u00f4le des femmes, c\u2019est d\u2019\u00eatre \u00e0 la maison pour \u00e9lever les enfants\u00a0; ce qui peut induire en erreur est que \u00e7a se passe pas mal dans un milieu de rabbins\u00a0: eux, \u00e7a doit \u00eatre leur activit\u00e9 principale. Mais c\u2019est comme pour les religieux ici autrefois\u00a0: leur nombre est faramineux, par rapport \u00e0 l\u2019ensemble de la population.<\/p>\n<p>L\u2019histoire est centr\u00e9e autour de deux s\u0153urs, Rivka, \u00e2g\u00e9e d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es, et Malka, qui est plus jeune. La premi\u00e8re, tr\u00e8s respectueuse de la vie de la communaut\u00e9 p\u00e8che pourtant de fa\u00e7on mortelle \u2014 elle finira par mourir. Quoiqu\u2019elle soit mari\u00e9e depuis dix ans, elle n\u2019a toujours pas d\u2019enfants ; et son mari, avec qui elle vit pour le reste un tendre amour, devient distant, se d\u00e9tache d\u2019elle (pouss\u00e9 en cela par son rabbin de p\u00e8re) \u2014 et d\u2019ailleurs les autres hommes commencent \u00e0 vraiment le regarder de travers : une femme qui n\u2019a pas d\u2019enfants est en effet <em>une femme morte<\/em>. Puisqu\u2019elle n\u2019est qu\u2019un <em>instrument<\/em> (je cite une r\u00e9plique). Elle <em>doit<\/em> engendrer des fils, pour que ceux-ci passent plus tard leur vie \u00e0 \u00e9tudier la Torah. La m\u00e9decine semble contredire la st\u00e9rilit\u00e9 de Rivka, mais \u00e7a ne change rien\u00a0: son mari la r\u00e9pudiera pour une autre. La femme n\u2019est rien, c\u2019est forc\u00e9ment elle la fautive\u00a0; que le mari puisse \u00eatre st\u00e9rile, la question n\u2019est m\u00eame pas envisag\u00e9e. \u00c7a ne fait pas partie du syst\u00e8me de pens\u00e9e. Il faut alors mesurer le courage que la pauvre Rivka a eu d\u2019aller consulter une gyn\u00e9cologue, <em>\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur<\/em>\u00a0; de se mettre nue devant une \u00e9trang\u00e8re, quand la <em>modestie<\/em> vestimentaire confine presque aux pratiques iraniennes actuelles, et quand la pudeur est une valeur absolue (il lui faut, pour y r\u00e9ussir, une poignante pri\u00e8re au Mur des lamentations) Parce que pour ces gens, le corps n\u2019existe pas\u00a0: il faut voir comment se d\u00e9roule, dans un <em>tr\u00e8s<\/em> long plan fixe, la nuit de noce de sa jeune s\u0153ur, viol\u00e9e par un mari encore uniquement occup\u00e9 de r\u00e9citer la Torah au moment o\u00f9 il la p\u00e9n\u00e8tre comme s\u2019il \u00e9tait une b\u00eate (\u00e0 nos yeux, on touche l\u00e0 le comique de l\u2019absurde \u2014 n\u2019\u00e9tait la d\u00e9tresse de la jeune femme).<\/p>\n<p>Ayant cherch\u00e9, sans m\u00eame vraiment en comprendre la port\u00e9e peut-\u00eatre, \u00e0 \u00e9chapper, en un sens, aux lois qui r\u00e9gissent son milieu, Rivka n\u2019a-t-elle pas d\u00e9j\u00e0 trahi ? Mais elle ne con\u00e7oit pas la fuite dans le monde ; la seule \u00e9chappatoire \u00e0 son d\u00e9sespoir, \u00e0 son humiliation absolue, c\u2019est <em>hors<\/em> du monde. Elle mourra. Amos Gita\u00ef lui donne \u00e0 ce moment une derni\u00e8re victoire, ici tr\u00e8s belle\u00a0: elle meurt dans les bras de son mari, avec qui elle est revenue passer une nuit. Au r\u00e9veil il la trouve morte, accroch\u00e9e \u00e0 lui dans un dernier geste de tendresse. Et il pleure. C\u2019est l\u2019avant-derni\u00e8re sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re est la seule \u00e0 se situer hors les murs de J\u00e9rusalem ; c\u2019est la seule qui \u00e9chappe au cadrage serr\u00e9, souvent \u00e9touffant de presque tous les autres plans (et qui r\u00e9ussit \u00e0 capter une \u00e9motion incroyable sur le visage des deux magnifiques actrices<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, en particulier dans leurs sc\u00e8nes de confidences). Malka, la jeune s\u0153ur, a d\u00e9cid\u00e9 de fuir, et sur une colline face \u00e0 la ville, elle contemple, seule, sans doute d\u00e9sempar\u00e9e, mais libre, le matin gris bleu se lever sur la ville. Depuis le d\u00e9but, elle est beaucoup plus r\u00e9volt\u00e9e que Rivka\u00a0; elle conteste les pr\u00e9ceptes rigides de leur existence\u00a0; la Torah, \u00e0 laquelle les hommes \u00ab\u00a0<em>font dire tout et son contraire<\/em>\u00a0\u00bb \u2014 ce qui provoque les douces protestations de sa s\u0153ur, qui, elle, veut encore y croire\u00a0; elle refuse le mariage arrang\u00e9. Il faut dire qu\u2019elle est amoureuse d\u2019un jeune homme en rupture de ban avec la communaut\u00e9\u00a0: un chanteur. Sacril\u00e8ge\u00a0! Un soir, m\u00eame, elle ose sortir dans la ville pour le voir, pour qu\u2019il lui fasse l\u2019amour, sauvagement, dans l\u2019arri\u00e8re-salle de la bo\u00eete o\u00f9 il se produit\u00a0; et l\u00e0 non plus, sortir n\u2019est pas une mince affaire\u00a0: parce que c\u2019est braver un interdit, mais aussi parce qu\u2019il faut affronter le regard des autres. Amos Gita\u00ef prend dans la s\u00e9quence un malin plaisir \u00e0 jouer le patron de la bo\u00eete, ironique et m\u00e9prisant envers elle.<\/p>\n<p>Mais malgr\u00e9 tout, elle ne peut \u00e9chapper au d\u00e9but au destin que les hommes lui ont trac\u00e9 : elle est mari\u00e9e \u2014 et l\u00e0, vraiment de force \u2014 \u00e0 Yossef, l\u2019assistant du rabbin, la grosse b\u00eate aux yeux d\u00e9lav\u00e9s \u00e0 fleur de t\u00eate, \u00e0 la barbe emm\u00eal\u00e9e et suintante. C\u2019est apr\u00e8s sa <em>criminelle<\/em> escapade qu\u2019elle prend la d\u00e9cision de fuir\u00a0: \u00e0 son retour au matin, le mari, lev\u00e9 aux aurores, l\u2019entra\u00eene avec violence dans leur piaule pisseuse, hurle comme un damn\u00e9, la traite de \u00ab\u00a0<em>tra\u00een\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb, et, un ceinturon puissant tenu fermement, entreprend de lui coller une r\u00e2cl\u00e9e. Mais avec cet acte d\u2019insoumission radicale, elle avait d\u00e9j\u00e0 scell\u00e9 son avenir\u00a0: comme sa s\u0153ur, elle n\u2019avait d\u2019autre voie que la rupture. Elle, choisit la vie pour elle. Tout \u00e7a ne correspond peut-\u00eatre plus \u00e0 grand-chose dans la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 je vis\u00a0; mais tel que le film le montre, c\u2019est tr\u00e8s intense et tr\u00e8s beau. <em>[texte inachev\u00e9]<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Pour ce qui est des autres autres, il n\u2019en est pas question (du moins pas dans le film, mais on peut en inf\u00e9rer qu\u2019ils les m\u00e9prisent tellement qu\u2019ils les ignorent. Enfin ce n\u2019est pas s\u00fbr\u00a0: peut-\u00eatre leur combat \u2014 puisque d\u00e9j\u00e0 leur mode de vie est un combat \u2014 est-il surtout dirig\u00e9 contre ceux qu\u2019ils appellent les juifs d\u00e9voy\u00e9s).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Et croyez-moi, le nom leur va bien\u00a0: c\u2019est m\u00eame en \u00e7a que le film ne se d\u00e9partit pas d\u2019une forte charge de fiction, et qu\u2019il cristallise de fa\u00e7on tr\u00e8s forte la tension dramatique.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Jouer ce genre de r\u00f4le est une performance. Je suppose d\u2019ailleurs que pour tous les acteurs, se glisser dans la peau de tels personnages a d\u00fb \u00eatre une exp\u00e9rience \u00e9prouvante.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui, je n\u2019ai pas travaill\u00e9 \u00e0 plus de 5% de mes capacit\u00e9s\u00a0: autant dire que je n\u2019ai rien fait. \u00c0 moins de consid\u00e9rer que c\u2019\u00e9tait une \u00e9tape (dommageable mais) peut-\u00eatre n\u00e9cessaire de ratiocination, on peut dire que je n\u2019ai rien &hellip; <a href=\"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=2859\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-2859","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notes-xvii-ne-pas-emporter-avec-soi-dobjets-lourds-ou-encombrants"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2859","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2859"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2859\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2860,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2859\/revisions\/2860"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2859"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2859"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2859"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}