{"id":3012,"date":"2025-03-17T08:03:28","date_gmt":"2025-03-17T08:03:28","guid":{"rendered":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=3012"},"modified":"2025-03-17T08:06:14","modified_gmt":"2025-03-17T08:06:14","slug":"vendredi-17-mars-2000-nantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=3012","title":{"rendered":"Vendredi 17 mars 2000, Nantes"},"content":{"rendered":"<p>Journ\u00e9e mal commenc\u00e9e, on s&rsquo;en doute, apr\u00e8s la soir\u00e9e d&rsquo;hier\u00a0; la nuit n&rsquo;en aura pas suffi \u00e0 en effacer les traces. Mauvaise s\u00e9ance chez le docteur Moreau\u00a0: j&rsquo;ai eu l&rsquo;impression de porter sur mon dos<!--more--> toutes les mis\u00e8res du monde. Un moment, j&rsquo;ai eu la tentation de lui parler du fr\u00e8re d&rsquo;Adalard, Wolbodo, qui le consulte aussi (c&rsquo;est moi qui lui avais donn\u00e9 son nom) \u2014 nous en avons parl\u00e9 hier soir au Flesselles. Achet\u00e9 en rentrant <em>A Journal of the Plague Year<\/em> de Defoe chez un soldeur de livres, puis mis \u00e0 cuire une palette de porc, ce qui fait que je n&rsquo;aurai pas d\u00e9jeun\u00e9 avant quinze heures\u00a0: pas bon pour mon rythme de travail.<\/p>\n<p>Ensuite, d\u00e9but de ce qui allait mener \u00e0 mon nouveau malheur. Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, coups de t\u00e9l\u00e9phone de Florence pour savoir si j&rsquo;irais avec elle, et comment, au concert de Katerine ce soir ; mais elle y emm\u00e8ne sa fille, et j&rsquo;ai plut\u00f4t d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;y aller avec mes vieux potes, apr\u00e8s une s\u00e9ance introductive au Flesselles\u00a0: donc avec Broerec, Ermold et Radulphe, apr\u00e8s avoir commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;aviner en r\u00e8gle. Arriv\u00e9s au milieu du concert de Lecoq, apr\u00e8s avoir rat\u00e9 le premier chanteur. Retrouv\u00e9 Florence dans la salle, mais pass\u00e9 en fait peu de temps avec elle, toujours \u00e0 courir, entre Anna \u00e0 aller voir, ses multiples amis et connaissances dans la salle \u2014 puisqu&rsquo;elle conna\u00eet tout le petit monde du rock \u00e0 Nantes et bien au-del\u00e0, comme je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit\u00a0; et quoique je sache que dans ce genre de circonstances, elle est du style \u00e0 ne pas passer trop de temps avec son ami, quoique j&rsquo;eusse \u00e9t\u00e9 g\u00ean\u00e9 si elle m&rsquo;avait coll\u00e9 tout le temps, cela m&rsquo;a un peu attrist\u00e9\u00a0; elle \u00e9tait lointaine. Donc au final, pass\u00e9 la plupart du temps avec ma bande de so\u00fblauds (Sorin, en particulier \u00e9tait tellement bourr\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 la fin il tenait \u00e0 peine debout).<\/p>\n<p>Des prestations bien moyennes pour Lecoq et Pierre Bondu : pour le premier, le son \u00e9crasait la voix, et les chansons ne paraissent pas d&rsquo;une originalit\u00e9 folle ; mais les arrangements sont pas mal, et \u00e7a tient la route (que je lui dise, plus tard, que sa mani\u00e8re de chanter m&rsquo;\u00e9voquait Julien Baer ne lui a pas trop plu<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>). En revanche, Pierre Bondu, je suis d\u00e9sol\u00e9 de le dire, c&rsquo;\u00e9tait nul\u00a0: nul et non avenu. Une pauvre pop au kilom\u00e8tre, rentre par une oreille sort aussit\u00f4t par l&rsquo;autre. Et puis strictement aucun charisme\u00a0: il \u00e9tait transparent sur sc\u00e8ne. Son groupe, pourtant compos\u00e9 d&rsquo;excellents musiciens \u00e9tait tout \u00e0 fait sous-utilis\u00e9 (et faisait d&rsquo;ailleurs un peu groupe de mercenaire rassembl\u00e9 \u00e0 la va-vite<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0; il para\u00eet qu&rsquo;il a une certaine science des arrangements, mais m\u00eame l\u00e0, il fallait vraiment le savoir pour le croire\u00a0: c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;une banalit\u00e9 \u00e0 pleurer. Le public ne s&rsquo;y est pas tromp\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s froid \u2014 alors qu&rsquo;il jouait un peu sur son terrain, vu que c&rsquo;est un vieux Nantais. Je crois que sa carri\u00e8re de chanteur est compromise\u00a0; il \u00e9tait bien mieux \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il accompagnait (tr\u00e8s bien) Dominique A\u00a0: dans l&rsquo;ombre. Apr\u00e8s son concert, au sous-sol, une petite prestation de l&rsquo;ancien batteur de Katerine, reconverti au chant, et accompagn\u00e9 par quelques pointures dans un style poppy\/jazz qui faisait beaucoup penser \u00e0\u2026 Gros succ\u00e8s public, vu que tous ses copains du Flesselles \u00e9taient l\u00e0, mais c&rsquo;\u00e9tait rigolo cinq minutes, et il n&rsquo;y avait pas de quoi fouetter un chat \u2014 j&rsquo;avais entendu parler d&rsquo;un <em>crooner<\/em>, mais pour \u00e7a, il faut avoir de la voix. Qui plus est, il avait l&rsquo;air tellement satisfait de se faire applaudir qu&rsquo;il y a toutes chances qu&rsquo;il prenne le melon bien vite s\u2019il poursuit.<\/p>\n<p>La claque, comme pr\u00e9vu, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le concert de Katerine. C&rsquo;\u00e9tait tellement fort que j&rsquo;en \u00e9tais parfois \u00e9mu aux larmes (et bizarrement, j&rsquo;appr\u00e9hendais de le voir). Les trois musiciens des Recyclers \u00e9taient excellents, fins et pleins de petites astuces qui les voient jouer de toutes les possibilit\u00e9s de leur instrument\u00a0; et pour Katerine, dr\u00f4le, \u00e0 l&rsquo;aise comme un poisson dans l&rsquo;eau, un charisme \u00e0 tomber. Je regrette vraiment d&rsquo;\u00eatre si longtemps pass\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son travail. Et tous mes camarades ont pens\u00e9 de m\u00eame \u2014 il n&rsquo;y a que Florence qui n&rsquo;a \u00ab\u00a0<em>pas du tout aim\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb. Parce que c&rsquo;\u00e9tait \u00ab\u00a0<em>trop exp\u00e9rimental<\/em>\u00a0\u00bb (jeu de basse ou de contrebasse parfois tr\u00e8s \u00e9trange, jouant beaucoup sur le son des cordes, bleep bleep de la montagne de claviers)\u00a0; mais je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de penser qu&rsquo;il y a aussi des raisons d&rsquo;un autre ordre.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin, cherch\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment pendant plus d&rsquo;une heure, \u00e0 poireauter devant l&rsquo;Olympic, \u00ab <em>o\u00f9 \u00e9tait l&rsquo;after<\/em>\u00a0\u00bb, persuad\u00e9s qu&rsquo;on \u00e9tait qu&rsquo;il y aurait sans nulle doute une super f\u00eate quelque part, Ermold ou Florence (qui nous avait rejoints) naviguant de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre pour d\u00e9nicher une info. Et fini (pour y aller, il a m\u00eame fallu porter Sorin, tellement il ne tenait plus debout \u2014 ensuite, il s&rsquo;est endormi roul\u00e9 en boule sur le parquet<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[3]<\/a>) chez Ga\u00ebtan, le bassiste des Rabbits, \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0, dans une petite r\u00e9union morne et o\u00f9 il n&rsquo;y avait qu&rsquo;une mis\u00e9rable bouteille de muscadet \u00e0 se partager \u00e0 quinze. Tout de suite en entrant, j&rsquo;ai su que j&rsquo;aurais mieux fait de rentrer chez moi (ce dont j&rsquo;avais plut\u00f4t envie, mais c&rsquo;est toujours pareil, non seulement on se laisse entra\u00eener, mais quand on n&rsquo;a pas de voiture, on est un peu oblig\u00e9). Assis par terre, avec l&rsquo;impression d&rsquo;arriver comme des cheveux sur la soupe, avec mes camarades qui pensaient de m\u00eame, le temps m&rsquo;a paru long comme la mort. Je me sentais \u00e9tranger ; et de voir Florence, tout \u00e0 l&rsquo;autre bout de cette pi\u00e8ce qui n&rsquo;\u00e9tait pourtant pas immense mais me paraissait infranchissable, discuter avec quelques inconnus ne pouvait qu&rsquo;affermir cette certitude que j&rsquo;avais de n&rsquo;\u00eatre pas \u00e0 ma place. En fait, il para\u00eet que non, m&rsquo;a-t-elle dit, et elle aussi se faisait chier (et l&rsquo;instant path\u00e9tique o\u00f9 elle s&rsquo;est mise en t\u00eate de faire danser les gens et que personne n&rsquo;a boug\u00e9, \u00e0 part le pauvre Broerec qui n&rsquo;en pouvait mais et s&rsquo;est laiss\u00e9 entra\u00eener !). Il a fallu attendre le d\u00e9part de Lorraine, pour qu&rsquo;Ermold se d\u00e9cide \u00e0 bouger.<\/p>\n<p>\u00a0Rentr\u00e9 dormir chez moi, peu avant cinq heures. Moi, d\u00e9prim\u00e9.<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> C&rsquo;est pourtant loin d&rsquo;\u00eatre une honte.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Sacha Toorop \u00e0 la batterie, le bassiste des Recyclers, le guitariste de Holden et de Sylvain Vanot, le clavier du Blue Note Groove.<\/p>\n<p>[3] Depuis quelques temps, il a tendance \u00e0 se prendre pour un chien. Cette nuit, il n&rsquo;\u00e9tait pas beaucoup plus brillant qu&rsquo;un vieux chien, c&rsquo;est s\u00fbr. Mais \u00e7a avait quelque chose d\u2019attendrissant et sympathique.<\/p>\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab&nbsp;Au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres r\u00f4dent les b\u00eates sauvages,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>les esprits mal\u00e9fiques et le g\u00e9ant \u00ab&nbsp;T\u00eate de piment&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>qui traque les voyageurs imprudents pour les rouer de coups<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>et les laisser p\u00e9trifi\u00e9s d&rsquo;\u00e9pouvante.&nbsp;\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> De Nigel Barley, <em>Un Anthropologue en d\u00e9route<\/em>, livre intelligent et tr\u00e8s dr\u00f4le sur les p\u00e9rip\u00e9ties de l&rsquo;auteur <em>sur le terrain<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journ\u00e9e mal commenc\u00e9e, on s&rsquo;en doute, apr\u00e8s la soir\u00e9e d&rsquo;hier\u00a0; la nuit n&rsquo;en aura pas suffi \u00e0 en effacer les traces. 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