{"id":3182,"date":"2025-06-20T07:16:10","date_gmt":"2025-06-20T07:16:10","guid":{"rendered":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=3182"},"modified":"2025-06-20T07:16:11","modified_gmt":"2025-06-20T07:16:11","slug":"mardi-20-juin-2000-nantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=3182","title":{"rendered":"Mardi 20 juin 2000, Nantes"},"content":{"rendered":"<p>La lecture d\u2019Ana\u00efs Nin (j\u2019arrive \u00e0 la fin du volume) m\u2019a fait me ressouvenir des paroles de Florence\u00a0: avoir du courage, travailler. Ne pas se poser de questions. Mais c\u2019est pour moi entrer v\u00e9ritablement <!--more-->en <em>r\u00e9sistance<\/em> contre moi-m\u00eame, devenir <em>dur<\/em>, sans piti\u00e9 pour la faiblesse \u2014 et je sais trop de ce qu\u2019il en est de ma force morale. Elle n\u2019est pas bien grande. Je comptais rentrer travailler apr\u00e8s la projection d\u2019<em>Alphaville<\/em> (d\u00e9j\u00e0 une entorse, mais je n\u2019avais encore jamais vu ce film\u00a0: ma culture est des plus parcellaires, et j\u2019en con\u00e7ois trop souvent de l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>), mais c\u2019\u00e9tait sans compter la r\u00e9union impromptue \u00e0 propos de l\u2019expo de Marion Lachaise\u00a0: r\u00e9sultat, je suis rentr\u00e9 apr\u00e8s minuit. Donc inutile de penser s\u2019y mettre.<\/p>\n<p>Il para\u00eet qu\u2019\u00c9ric Troncy veut faire jouer le path\u00e9tique \u00ab groupe \u00ab de Gretschen, la copine de Boh\u00e9mond, avec ses deux chansons et \u00bd. On atteint vraiment le sommet du n\u2019importe quoi (et du copinage).<\/p>\n<p><em>Alphaville<\/em>. Film int\u00e9ressant\u00a0; dat\u00e9 pour son propos sur la logique, sur la possibilit\u00e9 de g\u00e9rer le monde et les hommes en calculant les cons\u00e9quences des actions sur un ordinateur g\u00e9ant, avec Lemmy Caution qui croit au contraire aux donn\u00e9es imm\u00e9diates de la conscience et se bat pour la po\u00e9sie<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0: c\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait coh\u00e9rent avec l\u2019\u00e9tat de la r\u00e9flexion \u00e0 l\u2019\u00e9poque, mais aujourd\u2019hui, les choses ne seraient plus formul\u00e9es ainsi, on est beaucoup plus dans un questionnement de la g\u00e9n\u00e9tique, ou des choses de ce genre \u2014 par ailleurs, l\u2019un comme l\u2019autre sont des discours erron\u00e9s sur l\u2019homme, mais c\u2019est un autre d\u00e9bat. Tr\u00e8s marqu\u00e9 par ses ann\u00e9es 60 pour l\u2019analyse du totalitarisme, mais \u00e7a reste pertinent pour aujourd\u2019hui<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>\u00a0; comme son analyse du monde technique, au demeurant tr\u00e8s heideggerienne (il m\u2019a sembl\u00e9 reconna\u00eetre certaines de ses d\u00e9clarations \u00e0 peine d\u00e9marqu\u00e9es dans les r\u00e9pliques). Godard est \u00e0 ce sujet tr\u00e8s ambivalent\u00a0: la crainte d\u2019une ali\u00e9nation par les outils moderne ne se d\u00e9partit pas d\u2019une intense fascination pour l\u2019architecture des villes contemporaines, qui devient avec sa cam\u00e9ra une magnifique mati\u00e8re plastique, propice \u00e0 la g\u00e9om\u00e9trie la plus rigide comme aux mouvements presque kal\u00e9idoscopiques (qui rappellent un certain cin\u00e9ma exp\u00e9rimental am\u00e9ricain de la m\u00eame \u00e9poque \u2014 je ne me rappelle plus les noms). Nombreuses r\u00e9f\u00e9rences au cin\u00e9ma am\u00e9ricain\u00a0: l\u2019ambiance du film noir, outr\u00e9e par les jeux d\u2019\u00e9clairage \u2014 qui parfois se montrent de fa\u00e7on explicite comme pour en d\u00e9voiler les m\u00e9canismes, par exemple dans cette sc\u00e8ne entre Lemmy Caution et un vieil espion ravag\u00e9, o\u00f9 chacun \u00e0 son tour balance l\u2019ampoule \u00e9lectrique qui \u00e9claire le couloir minuscule, pendue au bout de son fil\u00a0; le m\u00e9lo dans toute sa splendeur (la sc\u00e8ne finale)\u00a0; Hitchcock \u2014 certains d\u00e9cors, ainsi que la fa\u00e7on dont ils sont film\u00e9s m\u2019ont \u00e9voqu\u00e9s des trucs comme les sc\u00e8nes \u00e0 l\u2019Unesco dans <em>La Mort aux trousses<\/em>\u00a0; le polar, pour l\u2019histoire au d\u00e9but incompr\u00e9hensible \u2014 ce n\u2019est pas pour rien que le protagoniste lit <em>Le Grand sommeil<\/em> de Chandler (mais ici surtout de Hawks, \u00e9videmment). Par ailleurs, l\u2019ordinateur total qui g\u00e8re Alphaville, a 60, peut \u00eatre con\u00e7u comme une anticipation du Hal de <em>2001<\/em>\u00a0; aussi d\u00e9testables que soient ses d\u00e9cisions, c\u2019est encore un homme qui le contr\u00f4le\u00a0: plus pour longtemps\u00a0! (mais l\u00e0 non plus, je n\u2019adh\u00e8re pas sans restrictions aux discours de ce genre). Le plus beau du film est sans doute sa qualit\u00e9 plastique, tant dans l\u2019image, le jeu entre le noir et le blanc, le mouvement, presque chor\u00e9graphi\u00e9<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, que dans l\u2019utilisation du son\u00a0: je la retiens comme d\u2019une grande \u0153uvre. La fa\u00e7on dont Godard utilise les d\u00e9calages, dans une m\u00eame sc\u00e8ne, entre le son direct, la musique tonitruante, le silence bient\u00f4t rempli par une voix off ou par quelques sons de la sc\u00e8ne isol\u00e9s et choisis me fascine.<\/p>\n<p>Florence ressemble \u00e0 Anna Karina. Elle ne lui ressemble pas, mais elle lui ressemble, c\u2019est presque la m\u00eame. Pens\u00e9 au disque que Katerine a \u00e9crit et compos\u00e9 pour elle cette ann\u00e9e, \u00e0 cette chanson qui dit que l\u2019amour ne meurt jamais vraiment. Je ne sais pas si je pourrai lui parler de cette ressemblance.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Alors que c\u2019est simplement que je me laisse embarquer par les autres sur leur terrain \u2014 que ce soit avec Florence, avec Ermold, avec Jolic\u0153ur, avec Le Marteau et l\u2019Enclume\u00a0: je n\u2019arr\u00eate pas\u00a0; sur le mien, j\u2019ai des armes suffisantes pour en faire valoir. Mais ce n\u2019est de toute fa\u00e7on pas la question. Je hais trop ceux qui \u00e9rigent la <em>culture<\/em> en valeur absolue, \u00e7a n\u2019a aucun sens (il y a, d\u00e9j\u00e0, autant de cultures que de gens, et c\u2019est d\u2019une telle banalit\u00e9 de le dire que \u00e7a me g\u00eane presque). La question est de savoir ce qui aide \u00e0 vivre. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la mienne m\u2019aide, dans une faible mesure, mais qu\u2019on ne peut pas \u00e9tendre \u00e0 l\u2019infini sans doute (la culture qui sauverait, donnerait en elle-m\u00eame une raison de vivre, c\u2019est de la connerie)\u00a0; mais pour ce que je fais en ce moment, pour le milieu dans lequel je fraie parce que c\u2019est celui qui me donne la vie, je suis nettement insuffisant. Que ce soit en jazz, en cin\u00e9ma, en art vid\u00e9o et en art contemporain en g\u00e9n\u00e9ral, dans les domaines de la pens\u00e9e, c\u2019est insuffisant. Je n\u2019en suis pas \u00e0 faire semblant de <em>relire<\/em> ou de <em>revoir<\/em>, je n\u2019en ai m\u00eame pas assez pour \u00e7a (les imbus d\u2019eux-m\u00eames comme Bernard-Henri L\u00e9vy en sont toujours \u00e0 relire Nietzsche, Heidegger ou qui sais-je encore)\u00a0; j\u2019esp\u00e8re de toute fa\u00e7on que je ne dirai jamais ce genre de choses \u2014 m\u00eame si le jeu social pousse parfois \u00e0 ce qu\u2019on exag\u00e8re ce qu\u2019on sait, et je ne m\u2019en suis jamais priv\u00e9. Enfin maintenant, j\u2019essaie de moins le faire. J\u2019ai quelques outils d\u2019analyse, mais il me manque les donn\u00e9es, pour r\u00e9sumer.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Un propos \u00e9galement typique depuis longtemps de l\u2019artiste qui se bat contre un monde qui ne lui convient pas. Cf. les r\u00e9flexions de Baudelaire, Flaubert ou Verlaine sur leur si\u00e8cle. Il est temps, \u00e0 mon avis, de passer \u00e0 autre chose maintenant. C\u2019est bon, la na\u00efvet\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> On enl\u00e8ve quelques plans un peu grotesques, comme celui sur un <strong><em>SS<\/em><\/strong> en caract\u00e8res blancs sur fond noir \u2014 r\u00e9f\u00e9rentiellement l\u2019indication de sous-sol par ailleurs.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Ce qu\u2019indique le ballet morbide des habitants d\u2019Alphaville mourants qui se tra\u00eenent dans les couloirs interminables \u00e0 la fin.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe title=\"Alphaville (1965) Bande Annonce VF [HD]\" width=\"584\" height=\"329\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/x0VsJxL76Fw?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La lecture d\u2019Ana\u00efs Nin (j\u2019arrive \u00e0 la fin du volume) m\u2019a fait me ressouvenir des paroles de Florence\u00a0: avoir du courage, travailler. 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