{"id":3357,"date":"2025-09-27T12:17:10","date_gmt":"2025-09-27T12:17:10","guid":{"rendered":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=3357"},"modified":"2025-09-27T12:17:12","modified_gmt":"2025-09-27T12:17:12","slug":"mercredi-27-septembre-2000-nantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/neigeinterieure.fr\/?p=3357","title":{"rendered":"Mercredi 27 septembre 2000, Nantes"},"content":{"rendered":"<p>Hier soir, parfaite incapacit\u00e9 \u00e0 travailler \u2014 mes vertiges continuent. En fin de soir\u00e9e lorsque j\u2019ai pris un verre avec Ermold au Santeuil, j\u2019\u00e9tais pris de bouff\u00e9es de chaleur qui me faisaient fondre dans mes v\u00eatements, <!--more-->et j\u2019avais l\u2019impression que j\u2019allais me mettre \u00e0 vomir dans la minute. Pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 aller au cin\u00e9ma\u00a0: voir <em>Kippour<\/em> d\u2019Amos Gita\u00ef, qui m\u2019attirait. Mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7u. Gita\u00ef est un cin\u00e9aste \u00e0 mon avis souvent <em>abstrait<\/em>, qui excelle dans l\u2019\u00e9pure (comme <em>Kadosh<\/em>) contre-balanc\u00e9e de petites notations qui lui donnent une chair (comme <em>Yom-Yom<\/em>), et fait ressortir de ce m\u00e9lange une profonde <em>r\u00e9alit\u00e9<\/em> humaine<em>.<\/em> Mais cette fois, il me semble que c\u2019est un film rat\u00e9\u00a0: il peine \u00e0 trouver une coh\u00e9rence, et se plante de parti-pris de mise en sc\u00e8ne assez souvent \u2014 c\u2019est aussi en cela, cependant, que ce type de film non-commercial est int\u00e9ressant pour qui aime vraiment le cin\u00e9ma\u00a0: un mauvais film hollywoodien actuel (c\u2019est-\u00e0-dire sans doute la plupart, mais je n\u2019en vois que tr\u00e8s peu), c\u2019est un film qui se vautre dans les clich\u00e9s rebattus, en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: il n\u2019y a donc pas grand-chose \u00e0 en tirer qu\u2019on ne sache d\u00e9j\u00e0. Un film rat\u00e9 \u00e0 mon sens comme <em>Kippour<\/em> n\u2019en continue pas moins de poser, et peut-\u00eatre de fa\u00e7on plus cruciale encore \u00e0 cause de ses manques, des questions de cin\u00e9ma et de mise en sc\u00e8ne\u00a0: comment aurait-il fallu filmer tel plan pour qu\u2019il produise un autre effet sur le spectateur, pour qu\u2019il soit plus (ou moins) proche des personnages\u00a0; comment aurait-il fallu organiser telle ou telle sc\u00e8ne\u00a0? Que faire dire aux acteurs, quelles expressions leur faire adopter\u00a0? Comment encha\u00eener les s\u00e9quences pour que le spectateur <em>croie<\/em> \u00e0 ce qu\u2019on montre (<em>croire<\/em> dans un sens tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: se sente concern\u00e9, voire conquis)\u00a0?<\/p>\n<p>C\u2019est notamment l\u00e0 que je trouve que le film se trompe, et qu\u2019il sent trop le film en train de se faire : du coup, on a plus de peine \u00e0 entrer dans ce que Gita\u00ef veut dire et montrer de la guerre. Pour lui, non seulement c\u2019est tr\u00e8s dur, tr\u00e8s fatigant, mais c\u2019est aussi le bordel absolu, on ne trouve pas son unit\u00e9, les soldats ont les cheveux longs et des barbes d\u2019une semaine, les tanks vont dans tous les sens, labourant les plaines (ou les plateaux : en l\u2019occurrence ici, celui du Golan), l\u2019ennemi semble \u00eatre partout et nulle part, les coups viennent d\u2019on ne sait o\u00f9 (un bon parti-pris : jamais les Syriens ne sont montr\u00e9s, ni m\u00eame laiss\u00e9s \u00e0 deviner dans le hors-champ. Ils ne sont pas l\u00e0, ils sont loin : mais c\u2019est la guerre quand m\u00eame, il y a des destructions, des morts et des bless\u00e9s). Le probl\u00e8me est que la structure du film est trop l\u00e2che pour qu\u2019on se rende vraiment compte que c\u2019est le bordel total ; Gita\u00ef reste trop allusif, trop peu explicatif parfois. C\u2019est un parti-pris qui \u00e9vite de sombrer le plus possible dans le spectaculaire, mais qui ne tient pas ses promesses. \u00c0 mon avis, par exemple, la sc\u00e8ne o\u00f9 l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re de sauvetage des personnages est touch\u00e9 par un missile et blesse la moiti\u00e9 d\u2019entre eux, on ne sent pas assez le sentiment de panique et d\u2019incompr\u00e9hension qui les touche \u2014 alors m\u00eame qu\u2019il choisit de ne filmer que leurs r\u00e9actions en plans serr\u00e9s. De la m\u00eame mani\u00e8re que si on comprend l\u2019\u00e9tat de fatigue des soldats \u00e0 la fin d\u2019une journ\u00e9e d\u2019intervention, on le <em>comprend<\/em>, \u00e0 cause du savoir qu\u2019on a de ce que doit \u00eatre la guerre, plut\u00f4t qu\u2019on ne le <em>voit<\/em> ou le reconstruit d\u2019apr\u00e8s les sc\u00e8nes pr\u00e9c\u00e9dentes illustrant la journ\u00e9e. C\u2019est un film trop flou en de nombreux endroits, qui h\u00e9site trop sur la d\u00e9marche \u00e0 suivre. Qui semble montrer la guerre comme des explosions d\u2019intensit\u00e9 et d\u2019activit\u00e9 au milieu d\u2019immenses espaces et moments absolument vides, sans qu\u2019on sache bien si ce vide vient de l\u2019abattement des protagonistes, de ce qui se passe dans le r\u00e9el (et serait contradictoire avec l\u2019urgence que sont les op\u00e9rations d\u2019\u00e9vacuation des bless\u00e9s telles qu\u2019elles sont montr\u00e9es)\u00a0; de la m\u00eame mani\u00e8re, qui en tartine \u00e0 outrance par endroits, cr\u00e9ant de ce fait des incoh\u00e9rences avec les s\u00e9quences pr\u00e9c\u00e9dentes\u00a0: ainsi, lorsque l\u2019\u00e9quipe doit se d\u00e9p\u00eatrer dans la boue avec les brancards et les soldats, elle est vide enti\u00e8rement recouverte de boue\u00a0: mais <em>a contrario<\/em>, on a du mal \u00e0 croire qu\u2019ils aient pu rester si propres lors des op\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes\u00a0: pas de poussi\u00e8re ou de sang, ou si peu, sur les visages et les uniformes \u2014 alors que transporter des bless\u00e9s ensanglant\u00e9s sur le champ de bataille doit tout de m\u00eame laisser des traces. \u00c0 la fois, le film montre de fa\u00e7on nette les traces de sa construction, de ce qu\u2019il est une fiction, et \u00e0 la fois est presque b\u00e2ti comme un documentaire \u2014 ou plut\u00f4t un reportage film\u00e9 au coup par coup sans trop de suite (au-del\u00e0 des parti-pris de d\u00e9part, qui, eux, sont tr\u00e8s forts et tr\u00e8s affirm\u00e9s), comme sans souci de donner un tout au spectateur. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, la coh\u00e9rence d\u2019un film vient aussi de celle que lui donne le spectateur, qui vient le <em>compl\u00e9ter<\/em> \u00e0 la projection\u00a0: mais il me semble qu\u2019il y a l\u00e0 un manque \u00e0 la base, dans le travail effectu\u00e9 par le cin\u00e9aste. Peut-\u00eatre parce que Gita\u00ef raconte sa propre exp\u00e9rience de la guerre du Kippour, et qu\u2019il n\u2019a pas su (ou pas voulu) s\u2019abstraire assez de celle-ci. C\u2019est dommage\u00a0; m\u00eame si je ne pense pas, comme Ermold, que c\u2019est le plus mauvais film que j\u2019ai vu de l\u2019ann\u00e9e<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. C\u2019est un film qui passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qu\u2019il aurait pu \u00eatre.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> En g\u00e9n\u00e9ral, lorsque je l\u2019entra\u00eene au cin\u00e9ma, c\u2019est pour voir quelque chose qui s\u2019av\u00e8re lui d\u00e9plaire. D\u2019o\u00f9 ma r\u00e9putation de n\u2019aller voir que des films intellos chiants.<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe title=\"Kitustrailers: KIPPOUR de AMOS GITAI (Trailer subtitulado en espa\u00f1ol)\" width=\"584\" height=\"329\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Mz-uVA5JLHw?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hier soir, parfaite incapacit\u00e9 \u00e0 travailler \u2014 mes vertiges continuent. 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