Cinq jours dans la nouvelle année. Ce soir, « grande fête » à LU pour la sortie du nouvel album des Rabbits. Une sorte de non-événement, vu le peu qu’il s’y est passé au final, et qui n’était même pas tout rose comme il aurait dû l’être pour coller au visuel du disque. En revanche tout le monde y a pointé son nez. L’endroit où il fallait se montrer, ou se réunir — tout le monde y avait tous ses copains ou presque. J’ai longtemps pensé ne pas y mettre les pieds : anti-LU, assez de la superficialité branchouille ; jusqu’à ce que Clément m’entraîne. Tant pis pour les résolutions. Seul Ermold a tenu, et ne s’est même pas montré au Flesselles apparemment (moi non plus : je ne suis sorti qu’à dix heures passées). C’est le résultat de notre conversation de lundi soir, après que je l’aie eu entraîné voir Incassable au Gaumont, temple infect du commerce, sis sur la place du même nom (que faire un premier janvier où l’on ne s’est levé qu’à dix-sept heures, sinon se pendre ?). L’année 2000, et surtout ses derniers mois, n’ont été pour lui comme pour moi que beuveries destructrices : il fallait se reprendre ; réapprendre les joies du travail, seule chose qui puisse nous sauver. Et qui est pour moi nécessaire, de toute façon. Combien d’heures passées à se perdre en propos filandreux, en ingurgitations de produits toxiques, et en regards concupiscents ? Je me suis laissé tenter, et la soirée ne vaudra pas la peine d’être remémorée, comme il fallait s’y attendre. Des mains serrées à n’en plus finir, un ou deux « Bonne année ! » échangés avec des branchés, un mot badin avec Sylvia, que je regrette de n’avoir pas plus poursuivie de mes assiduités… Guère plus. Plusieurs fois j’ai cherché à me mettre à la place d’Hélène, qui ne connaissait personne, même nos plus proches relations comme Bohémond ou Adalard. Au final, je n’étais pas loin d’elle. Absolument sans aucun don pour la communication mondaine. Une nouvelle soirée d’ennui relatif donc, sans en faire grief à d’autre que moi. Vain ou pas, ce milieu n’est pas pour moi. L’excès d’alcool, parfois, peut le faire oublier ; sans lui, le vide est trop cruel. Propos superficiels, yeux qui traînent à ras de terre, verre de bière éventé à la main, cigarettes inutiles. Intense et déprimante compétition sexuelle sans enjeu, où je ne me sens pas de place. Où l’art du masque et de la réplique brillante trouvent leur pleine expression : arts que je ne possède pas, si ce n’est les rudiments. Ma faiblesse, peut-être toute fantasmée, ne m’en apparaît pourtant que plus criante. J’ai tout de même réussi à évoquer avec Emma Peel et une Marie toujours pleine de charme le fait que j’étais en ce moment froissé avec Florence, explication de mon absence à la fête de réveillon chez Boris et Melpo (j’y serais peut-être allé sinon : mais chez Philippe et Manue, ce n’étais pas mal non plus). Froissé, je reprends le terme qu’elle a utilisé ce même soir avec Ermold après qu’elle se soit étonnée de mon absence. Je ne sais pas pourquoi nous le sommes, mais ce n’est pas si faux ; elle m’a fait trop de mal. Et continuerait de m’en faire encore si je l’appelais — sans le vouloir ou pas, la question n’a guère d’importance, je ne suis pas chargé de problèmes dont elle-même est largement inconsciente. J’étais content d’avoir l’occasion de le dire : parce que cela sera sans doute répété. Il faut de toute façon sortir de ce monde de rien.