L’eau peu à peu se retire, avec le retour du soleil, et laisse des étendues noirâtres et tristes, aux touffes d’herbe pourries, comme si la nature n’abandonnait qu’à regret l’idée d’une transformation durable de ses étendues.
Dimanche 18 février
« Cherchant ce qui, à défaut d’une affaire véritable, m’en aura tenu lieu, c’est tout au plus si je puis mentionner que peu de jours avant cet exercice de plat-ventre, au moment où Paris entreprit de se libérer par lui-même, j’eus l’occasion (d’ailleurs accidentelle) de sentir, sans me battre, l’espace métamorphosé par la présence immédiate d’un danger et devenu soudain réel, avec ses trois dimensions qui n’étaient plus coordonnées mathématiques sur quoi se fonde la perspective mais cadre bien défini, dans lequel je savais mon corps situé et percevais non moins intensément la proximité d’autres objets dont la vue m’inquiétait. Rentrant du Musée de l’Homme vers midi au premier jour de l’insurrection, sur cette bicyclette qui, pendant toute l’occupation, avait été mon moyen quotidien de transport, je venais juste de tourner pour m’engager sur le pont de la Concorde afin de passer de la rive droite à la rive gauche de la Seine quand je me trouvai entre une flaque de sang (deviné aussitôt comme fraîchement répandu et de provenance humaine) qui s’étalait à ma droite sur le trottoir et, stationnant à ma gauche, une auto blindée allemande avec des soldats casqués et l’arme au poing ; durant quelques secondes j’eus conscience de moi comme d’un corps exposé au vent, désarmé, dénudé, avec la sensation aiguë du poids de mes fesses sur la selle et de la pesée de mes pieds sur les pédales, les dimensions spatiales se résumant en les distances qui me séparaient, vers la droite, de la mare sanglante, vers la gauche, du véhicule d’acier, et le temps lui aussi, reconnu comme une dimension : celle donnée par le mouvement du vélo actionné par l’effort de mes jarrets et améliorant, à chaque instant, ma position dans le système. Continuer la lecture
Samedi 17 février
Soirée chez Clément et Hélène (pour l’anniversaire d’Hélène) ; petite soirée, avec seulement Martial, et Loïc et Coline. Rentré tard, ayant un peu plus bu et fumé que je n’aurais voulu, mais tout de même Continuer la lecture
Vendredi 16 février
À nouveau l’ennui insupportable. Rechute dans la dépression comme il y avait longtemps que ça ne m’était pas arrivé ; dépression de toute envie. Passé l’après-midi à dormir, tout habillé, Continuer la lecture
Jeudi 15 février 2001, Nantes
Paul et Delphine ont perdu le bébé que Delphine portait. Delphine a fait une fausse-couche. Je l’ai appris par un mail laconique de Bérengère. Ils étaient si heureux de nous apprendre cette grossesse Continuer la lecture
Mardi 13 février
Faiblesse de l’anecdote d’actualité : combien démodées semblent les quelques lignes de Leiris sur le début de la Guerre froide aux premières pages de Fourbis (pages écrites en 1948, à chaud), en regard du reste, Continuer la lecture
Lundi 12 février
Vu Sous le sable de François Ozon avec Ermold. Qui a déclaré qu’il n’avait pas vu un plus mauvais film depuis au moins un an. Ça ne m’a pas franchement convaincu non plus. Les critiques ont pourtant été en général dithyrambiques. Difficile de savoir si c’est pour de bonnes raisons. Continuer la lecture
Dimanche 11 février
Mollesse, courbatures du yoga et de l’alcool bu hier soir chez Clément et Hélène (réunion intime pour l’anniversaire de Clément ; à nouveau Alex nous a bien fait rire avec son esprit — les joints fumés Continuer la lecture
Vendredi 9 février 2001
Je prends maintenant beaucoup d’intérêt à lire Leiris (le livre devient vite plus « personnel », joue moins sur les mots de façon trop explicative). Continuer la lecture
Mercredi 7 février 2001
Après ce pantin imbécile et réactionnaire de George Bush Jr aux États-Unis, c’est Ariel Sharon qui vient de remporter les élections pour le poste de premier ministre en Israël, avec même une majorité Continuer la lecture