Samedi 24 février

Retour de dîner chez Philippe et Manue, où je me suis laissé retenir : lorsque j’ai eu Philippe au téléphone, je comptais n’accepter que l’apéritif. Mais je suis faible. Cela dit, après un bon moment d’atonie, la soirée est devenue intéressante : lorsqu’une des convives, une de leurs copines qui travaille au CEA nous a parlé en détail des expériences au CERN de Genève (et de la traque du fameux boson de Higgs). Une partie de moi serait bien restée à travailler — avancer dans la relecture des notes pour mon chapitre, dont la rédaction n’est donc toujours pas commencée — mais j’ai encore du mal à accepter la perspective de ne voir personne un soir de weekend. Je n’ai donc pas fait grand-chose aujourd’hui dans ce domaine, entre le cours de yoga, un tour à la FNAC pour acheter le nouveau Tortoise (bien anodin à première écoute), la correction de quelques copies[1]. Contrairement à ce que j’aurais pensé, la proximité de plus en plus grande de la fin de ma thèse (quoique ce ne soit pas encore pour demain, et pour cause) ne modifie pas tant mon rythme de vie. Mais ça devrait à nouveau me créer de mortelles angoisses bientôt.

En revanche, vraiment plus aucune envie d’aller traîner au bar avec mon groupe de penchies. Je l’ai fait hier, tournée habituelle avec traversée du Styx boueux. Je me suis ennuyé, et ai conçu une fois chez moi un grand déplaisir de l’ensemble de la soirée. Quelques bons moments, forcément, mais la douce pente de l’alcool misérable, qui cloue les pieds au plancher du café comme un réverbère arrosé d’urine de chien est scellé dans le bitume du trottoir, et ne pousse qu’à la gesticulation inepte. Je me suis par exemple ridiculisé à sussurer des propos graveleux à Isabelle, la copine de Radulphe avec d’autant plus de conviction qu’il n’y avait aucun risque que je lui fasse grand mal, enfoncé dans la pure verbalité du loser, et il a encore fallu que je supporte en bon chien les conneries d’Ermold ou Broerec, sans me rendre compte sur le moment que cela même me traînait dans la boue de ma propre inconsistance.

[1] Ce qui a comme seul avantage de me faire écouter à nouveau quelques disques de rock, que je retrouve comme de vieux amis (PJ Harvey, Ok computer de Radiohead, le nouvel album de Migala, qui n’est pas mal du tout, plein d’idées, le toujours excellent premier album de Sparklehorse ou le premier Franck Black, que je n’avais pas sorti de la pile de disques depuis des années et qui ne méritait pas un tel traitement). J’ai dû ressentir une envie de guitare électrique, un type d’envie qui m’avait quitté. Je vais même sans doute acheter le nouveau Franck Black, dont j’ai trouvé ce que j’en ai entendu très convaincant ; bien plus que ce qu’il faisait ces quatre ou cinq dernières années.