Cet après-midi vu la vidéo que Sorin a réalisée dans le cadre la mission 2000, au musée des Beaux-Arts — une commande de la ville en quelque sorte. Qui répond au principe tout en le détournant de façon subtile. C’est un petit chef d’œuvre, lisible à de multiples niveaux. Ça se présente sous la forme d’un reportage télé de 26 minutes (une des durées canoniques de ce genre de production), sur sept artistes européens importants qui ont investi la ville avec un projet, la plupart du temps monumental. Présentateur, interviews, séances de travail, introduction sur la situation générale de Nantes et sa politique culturelle municipale : tout le barda. Sauf que tout est faux, bien entendu. Les sept artistes (dont les noms sont même des anagrammes de « Pierrick Sorin »), ainsi que le présentateur, sont tous joués par un Sorin grimé de façon à la fois très visible et convaincante, et grimé jusqu’en Pierrick Sorin, puisqu’il est un de ces sept artistes, et que dans la séquence qui lui est consacré, il exagère à la fois les caractéristiques de son vrai travail et ses tics de langage ; les projets (certains sont réellement magnifiques, quoiqu’irréalisables — au moins par leur coût, mais la plupart nous plongent en pleine science-fiction, c’est-à-dire dans la réalité des délires technologiques qui agitent le monde depuis un moment[1]) sont tous constitués d’images de synthèse ou de bidouillages vidéo numériques.
Lorsqu’on est nantais c’est sans doute encore plus amusant (Mathieux à côté de moi se marrait comme une baleine). Plaisir de la reconnaissance, de l’appropriation, et plus encore lorsqu’on connaît Sorin, parce qu’on voit défiler tout un tas de têtes connues, Emma Peel, Melpomène, Ermold, Boris, Marie, Le-photographe, Radulphe… – un plaisir de peu, cela dit. En revanche, les conditions de présentation sonores ne sont pas au niveau ; il est aberrant que personne n’ait pensé à ça : la réverbération est telle qu’on doit vraiment faire un effort pour saisir les paroles, d’autant que la plupart du temps, il faut en plus distinguer, dans la bande, la traduction de la voix de l’artiste étranger à laquelle elle se surimpose. Pour des non-francophones, ça doit être difficilement intelligible – et peut-être tout simplement pour des Québécois. Dommage.
Coup de téléphone inattendu vers dix heures moins le quart : Florence. Elle m’a sorti le même baratin que d’habitude.
[1] Et au moins le futurisme des projets imaginés ne constitue pas un équivalent de celui de tant de musiciens pop, pour qui il consiste seulement à relire de façon décalée (du moins est-ce prétendu) la vision qu’en avaient Kraftwerk ou Herbie Hancock il y a vingt-cinq ans.