Sorti hier soir, voir une séance de Kinexperience au Cinématographe ; des projets de Fredo et d’une de ses copines, accompagnés d’une accompagnement musical prévu pour. Des petits films (ou des petites vidéos) souvent intéressants, et plutôt drôles (l’impression de drôlerie étant parfois générée chez moi par l’enthousiasme ressenti — je trouve très drôles, du moins à certains moments, les films de Despleschin ou Les Fleurs de Shanghaï) ; un appartement de la rue Joffre transformé en appareil de prise de vue, des clôtures sur lesquelles on joue de la harpe, un petit film muet autour d’une marionnette filmée en image par image et d’une pièce de Manuel de Falla interprétée en direct et en parfaite coordination avec les images, etc. Dommage qu’il fasse si froid dans ce vieux cinéma l’hiver, on finit par s’engourdir. Entré dans la salle dans les derniers, et cherchant Martial et Sandrine du regard, je les savais être là et devais les retrouver, mes yeux ont croisé Lorraine et Sylvia : je leur ai fait un petit signe de la main ; à la sortie, elles me sont passées devant sans même faire mine de venir vers moi. Mes tentatives d’intégration dans la branchitude nantaise n’auront donc pas été très fructueuses ; et depuis que j’ai cessé peu ou prou de fréquenter ses lieux, je suis redevenu aussi transparent qu’auparavant. Je ne crois pas trop y perdre, contrairement à ce que j’ai longtemps craint (et qui m’avait — mais pas non plus à toute force — fait vouloir intégrer plus ce milieu).
C’est vrai que le retour de Clément m’a fait largement changer de cercle, et plutôt retrouver celui que j’avais avant — du moins en sa personne ; je ne m’en plains pas. Là je n’ai pas à travailler pour être autre chose que le « petit Balogh » de ces connards. À l’Atomixeur où nous avons rejoint Clément, Hélène et un couple de leurs amis québécois, il y avait Radulphe avec Isabelle (eux n’ont pas renoncé à traîner dans les bars) ; j’ai parlé un peu avec eux, mais n’ai même pas eu la tentation de rester. Ils étaient pour moi dans la même position qu’étaient mes « vieux amis » auparavant ; de simples connaissances devant qui on s’arrête mais ne reste pas. J’ai plus de considération que ça pour Radulphe, mais c’est vrai qu’il y a toujours eu besoin d’Ermold pour faire le lien entre moi et les autres (Ermold à nouveau cloîtré chez lui, « victime de surmenage », trop malade pour se rendre à la séance de Kinex’[1]).
Beaucoup bu à nouveau, en revanche, et couché très tard. En sortant du Cinématographe, j’ai d’abord bu du ratafia en quantité chez Martial et Sandrine — un truc bourguignon fait à la ferme à base de jus de raisin et d’eau de vie, fort et très sucré — fumé un joint : et le problème avec moi, c’est qu’il faut surtout que je ne commence pas. Ensuite je suis parti allègrement dans la boisson. Et, rentré saoul et fumé comme un saumon artisanal, comme souvent dans ces cas-là, j’ai scotché sur mon site de cul favori sur internet, jusqu’à cinq heures du matin. Je m’y laisse moins aller maintenant, mais au bout de trois ou quatre jours, le désir monte, et l’alcool aidant, je ne lui résiste plus qu’avec une difficulté décourageante. Sans que ça soit pour autant bien satisfaisant, mais je n’ai pas mieux sous la main pour le moment, si je puis dire — et ne sais pas quoi faire pour que ça change, j’en parle ici assez pour que ça ne soit un secret. L’image parfaite du vieux célibataire un brin nauséabond. Immuable, évidemment, quoiqu’à « l’âge de l’ordinateur ».
[1] Je le charrie peut-être injustement. Son surmenage n’est pas sans causes, et il a même pas mal travaillé pour vidéo3 — toutes les prises de contact à propos de nos dossiers.