Mort du vieux chanteur Charles Trenet en début de semaine (à 87 ans). Elle a occasionné une avalanche hagiographique digne des meilleures heures de la liberté d’expression. On a eu droit à tout. L’éternelle modernité de ses chansons, leur inaliénable nouveauté ; la grandeur du personnage (français, môsieur !). Je trouve aberrant qu’on institue, comme c’est maintenant le cas à chaque fois, les hommes politiques comme les spécialistes incontestables des domaines artistiques, et qu’on ne manque jamais de convoquer sur ces sujets l’avis du Président de la République et du Premier ministre ; mais là, c’était, partout, un tel unanimisme pour rendre hommage au vieillard comme au plus grand poète français ou peu s’en faut que c’était la sanctification officielle en direct — d’autant plus officielle qu’elle venait d’abord des médias, juges suprêmes en la matière. Pour un gars qui, faut-il le rappeler (au-delà d’un quelconque jugement sur ses productions) a bâti l’essentiel de son style de sa réputation sur des chansons toutes écrites avant 1950… Pourtant, à les écouter, l’alpha et l’oméga de tout art véritablement représentatif de notre génie actuel. Punk, oui, mais en 1935.