Mardi 27 février

Soirée Play/On 3. Pièces de musique concrète intéressantes de Jérôme Joy et Hervé Castellani (Mégaphonies et Deux silences), assemblages de bribes sonores plus ou moins retravaillées avec des effets, et jouant surtout de façon très prenante de la spatialité du son (moins accroché au travail de Luc Ferrari, qui semble pourtant plus connu : une évocation du matin dans un port de l’Italie du sud). Très bons films proposés par Kinexperience. Un montage des séquences incluses par Kodak lors du développement des films Super 8 réalisé par Anne-Marie Cornu — toute bobine qu’on reçoit débute par quelques images d’un autre film, pour je ne sais quelle raison ; entre des images purement abstraites évoquant les photographies cellulaires colorisées, quelques secondes d’un possible, clos à peine ouvert : dans sa déceptivité, proche de ce qu’opère Italo Calvino dans Si par une nuit d’hiver un voyageur… ; deux personnages marchent sur un chemin de campagne, une scène de plage, une femme traverse la rue en poussant une poussette, un paysage vallonné, des structures métalliques, etc. Un film de David Rimmer, Variations on a cellopane wrapper, qui reproduit une seule scène très courte, celle d’une ouvrière déployant un film cellophane, mais réitérée en de nombreuses possibilités de tirage, aux noirs et blancs plus ou moins accentués, colorisé : travail ergologiquement passionnant sur le paradigme mécanologique, déclinée en une séquence évolutive virant industriellement à la fois au pur plastique et au fantastique. Trois films de Guy Sherwin des années 70, passionnants, formant des bas-reliefs par accumulation de superpositions d’images d’amorces de films, jouant de l’abstrait en triturant la pellicule, noir rayé de jets de lumières sonores, pure plasticité des formes (disque noir sur fond blanc ou l’inverse qui se succèdent avec une rapidité hypnotique). Très bonne soirée. Suivie d’une apparition sans intérêt particulier à une fête des étudiants d’infocom dans un bar. Je devais aller fêter Mardi Gras dans l’appartement d’Alex et Séverine, invité par Stéphanie, mais le temps peu clément (neige fondue tombée une bonne partie de l’après-midi) m’en a dissuadé, ainsi que la certitude que je rentrerais tard et bourré — je suis un peu gêné de cette dérobade. Je dirai que j’étais malade : ce qui est vrai. Gros rhume, plus reprise des vertiges parce que j’ai oublié trois jours de suite de prendre mes médicaments. Et de toute façon, il faut que je réduise les sorties — je pense par exemple faire passer à l’as le concert de Shipping News demain soir. Journée qui plus est fatigante à Saint-Nazaire ; lors du dernier cours j’ai commenté la fameuse photo de la petite fille d’Ayod (prix Pullitzer 1994), et encore une fois, j’ai failli être submergé par l’émotion en en parlant ; sensibilité qui n’est pas, en soi, de mauvais aloi, mais qui ne fait tout de même pas très bon effet devant les étudiants.