Concert de Loïc au Pannonica, le premier que je voyais depuis la soirée au Flesselles en mai dernier – donc le premier après les résidences liées à « Artiste en scène ». Le premier également avec Clément sur une partie du set (puisqu’il remplace Mathieux, qui se retire peu à peu à cause de son travail, et aussi parce qu’il ne se sent pas assez musicien). C’était très intéressant, et globalement convaincant. Je continue de n’être pas d’accord avec certains arrangements revus depuis les séances de travail avec un « pro », je trouve certains tempos trop lents pour enlever les morceaux, et que l’introduction de chœurs ne fonctionne pas non plus très bien (à cause de leur second degré presque involontaire : on n’arrive pas à croire aux trois gros gars qui chantent derrière Loïc ; avec leurs belles chemises, en plus, on a un peu trop l’impression qu’ils animent un mariage). Mais Loïc ose plus de choses au chant – pas sans risques parfois – et on sent enfin un vrai travail de groupe dans les arrangements, qui prennent une dimension qu’ils étaient loin d’avoir auparavant. Je trouve que ça se sent en particulier dans le rôle que tient Philippe, beaucoup plus affirmé, et notamment lorsqu’il est à la guitare — avant, on sentait trop qu’il notouillait sans conviction. On peut regretter le côté punk, un peu dur, qu’avait le jeu de Mathix à la basse, mais Clément s’en tire bien, même s’il était un peu trop timide pour cette première prestation, ce qui au demeurant est normal (j’aurais d’ailleurs pensé que ça me ferait plus bizarre de le voir en face, après l’avoir vu tant de fois de côté pendant les concerts de La Musique : mais cette période est maintenant révolue depuis trop longtemps). J’aime également bien l’alternance de morceaux avec le groupe et de morceaux interprétés par Loïc seul à la guitare — ce qui était là d’autant renforcé par la disparité des formations, puisque Clément n’est apparu, pour prendre la basse ou la guitare, que sur la seconde moitié du set. C’est plus valable maintenant que la différence de formations est nette. Et me rappelle avec plaisir les premiers concerts où il était seul face au public ; j’aimais bien ce côté underground. On se rapproche de ce qui se dégageait des concerts de Dominique A à l’époque où il alternait de la même façon les morceaux seuls et ceux avec le groupe ; le problème est que Loïc-groupe commence à fonctionner presque aussi bien, mais qu’il n’a que la notoriété d’un chanteur de quartier, si l’on excepte les chroniques dans la presse (mais qui ne dureront peut-être pas s’il ne parvient pas plus à toucher un public : ce qui serait dommage, vraiment, de même que ce serait dommage que Loïc se décourage). Les nouvelles chansons m’ont également séduit. Dont « Un Jeune homme lambda », que Philippe m’avait vantée, et qui a l’étoffe d’un petit succès, avec son côté power pop très maîtrisé[1], et la dernière composée, qui n’avait que 48 heures : la jouer était donc courageux, mais elle est on ne peut mieux passée. Le style des compositions évolue d’ailleurs nettement ; sur plusieurs morceaux que je découvrais, j’ai senti une influence très décelable de Michel Legrand (Loïc est très fan des Demoiselles de Rochefort, il trimballe l’album à toutes les fêtes et se bat pour l’y imposer à chaque fois), voire de Polnareff, avec certains passages de mineur en majeur[2]. Le style de Loïc était déjà très personnel, mais s’éloigne encore des chanteurs de la nouvelle génération auxquels on pouvait tout de même le rattacher — sans tomber, loin de là, dans la gainsbourgite ou le revival seventies qui frappe en ce moment si fort sans que ceux qui en sont atteints parviennent ne serait-ce qu’à la cheville de leurs modèles.
Beaucoup d’amis dans la salle, mais je me suis concentré sur les plus anciens ; j’ai discuté avec Sylvia qui était là, mais j’étais surtout content de discuter avec Coline et Stéphanie, avec Mathix, de voir Adeline et Fred, trop négligés, et vers qui j’ai envie de revenir. Adeline en est maintenant à quatre mois et demie de grossesse, et son ventre est très arrondi ; ils vont bientôt déménager, ils ont acheté une maison à Sainte-Luce, dans l’est de l’agglomération : il y a tellement longtemps que je n’avais pas eu de nouvelles d’eux que je n’étais même pas au courant. Si Ermold n’avait pas été à Paris avec Radulphe, il serait sans doute venu, et je crois que la soirée m’en aurait été moins agréable. Après une journée de travail difficile à nouveau (je ne suis vraiment pas content de ce que je produis en ce moment), sa négativité enveloppante ne m’aurait pas fait de bien, non plus que la négativité qu’il dégage dès qu’il s’agit du succès éventuel des autres[3].
[1] Le problème est que Loïc, avec ses idées de « concept » aussi fumeuses qu’inefficaces, hésite encore à la placer sur le prochain album, quand il faudrait non seulement l’y mettre, mais la pousser en avant.
[2] Je tiens la précision de Clément à l’issue du concert ; j’avais pensé à un changement de tonalité, sans pouvoir aller plus loin.
[3] Écrit entre 2:10 et 2:40 en écoutant l’album de Franck Black récemment sorti, que je trouve vraiment très bien, agréable et très bien fait, mélodiquement tout à fait réussi. Je n’aurais pas pensé pouvoir apprécier encore ce genre de disque de rock « classique », et je suis content de voir que c’est encore le cas. Le ton sépia de la photo de pochette n’est pas non plus sans jouer un rôle dans mon plaisir.