Dimanche 4 mars

Des raies de soleil sur l’encadrement de ma fenêtre, le dessinent en blanc vif ; reflets du haut des vieux bâtiments de ma cour, brique rouge et crépis gris mêlés, sur fond de bleu presque intense, dans les vitres sales sur des volets toujours fermés de l’appartement au troisième étage de l’autre côté de ma rue (il est inhabité depuis que j’ai pris possession du mien). J’aime cette fragmentation de l’espace, démultipliante. Voilà le feu vif de la perspective dévorant la platitude des façades, et qui ouvre à l’esprit ses brefs univers. C’est la lecture d’un nouveau livre de Baudoin, Éloge de la poussière, qui me pousse à ce petit lyrisme dominical. Je suis très séduit par ce qu’il remonte des profondeurs — les premiers temps, j’en étais un peu rebuté, à cause de la noirceur de son trait d’encre de Chine. J’aimerais avoir l’intensité et le détachement dont ses pages savent faire preuve ; baume pour mon esprit râpé de contrariétés de peu, étriqué entre les murs de sa chambre mentale. Cette nuit, j’ai dormi presque douze heures.