Couché deux heures, insomnie fiévreuse à quatre, levé à huit. Rassurante perspective de ne pas aller à Saint-Nazaire aujourd’hui. Cent mille Israéliens de droite défilent dans les rues de Jérusalem pour signifier qu’ils n’accepteront jamais une souveraineté partagée sur la ville. La vraie nature du cabinet George Bush, sous ses dehors multi-ethniques. Très bonne défense du pourquoi de l’impôt par un journaliste de France Inter, en réponse à un auditeur expatrié à Brighton parce que l’impôt sur les sociétés est moins fort en Grande-Bretagne. On fait ses études en France parce qu’elles sont moins chères, voire payées par l’État, on va s’en coller plein les poches outre-Manche, mais dès qu’on est malade, on revient fissa se faire soigner au pays pour ne pas avoir à affronter l’état catastrophique du système de santé britannique. Sans parler du réseau ferroviaire, de l’infrastructure routière, etc. Et encore, cela n’est valable que pour les privilégiés. Écouté Head hunters de Herbie Hancock (1973), un des disques les plus samplés que je connaisse par la house des années 90. Lu le texte de Sandy sur son film : convaincant.
Premier vrai matin d’hiver que je vois : plaisir du froid vif. Posté mon texte pour le concours de poésie de la Sorbonne, fait à Paris le, 16 OCT. 2000, Le Président de l’Université de Paris-Sorbonne (Paris IV), signature très graphique, Georges MOLINIÉ. Envoyé 21.VII.00 (3) ; pour voir. Ce midi : duo de poisson à l’estragon : 38F (en bas de chez moi, restaurant devant lequel je passe tous les jours plusieurs fois. Je crois qu’il ne marche pas très bien). Long coup de téléphone avec Véro de Kinex’.
Cérémonie pour la sépulture du frère d’Adeline, mort jeudi dernier, au crématorium du cimetière paysager. Froid vif parfait pour la scène, grands arbres droits dénudés, d’un brun de feuilles mortes. Joues rougies, peaux sèches, pleurs des membres de la famille, mains violacées. Mais drôle de moment ; cérémonie pour quelqu’un presque mort depuis dix ans — que je n’ai pour ma part pas dû apercevoir plus d’une fois ou deux avant son accident (je me rappelle sa tête de jeune homme, les traits fins, la chevelure bouclée un peu longue). Et bâclée par un employé des pompes funèbres au vague accent méditerranéen. Le type répétait sans cesse les mêmes formules qui, dans sa bouche, sonnaient creux. Pour un peu il se trompait sur le nom du défunt. C’est une telle caricature de l’Église sans sa précision et sa complexité qu’il y aurait de quoi en faire un sketch comique n’étaient les circonstances. Plusieurs blagues me sont venues à l’esprit ; heureusement le repas de midi me pesait sur l’estomac, ça m’a évité la tentation de les sortir. On a beau dire, un rituel ne s’invente pas en deux coups de cuiller à pot. Si jamais je devais mourir bientôt, je veux une cérémonie à l’église, en bonne et due forme pour cette raison (et qu’on passe la sonate pour violoncelle solo de Kodály, au moins le premier mouvement). Je me demandais quelle légitimité peut avoir un tel personnage pour remplir cette fonction — si ce n’est celle du salariat, qui ne lui en donne aucune, puisqu’il pourrait tout aussi bien être garagiste ou quincaillier. Les prêtres sont des hommes tout pareil, ils peuvent être aussi consternants, mais ils font un sacerdoce ; ils sont investis d’une mission qui leur donne un lien avec le surnaturel (au sens le plus simple du terme), même s’ils rentrent ensuite manger du pot-au-feu au presbytère et succombent parfois à la tentation de tripoter les enfants de chœur – un autre problème. Enfin je veux bien croire que ça ne dit rien à certains, que ça les repousse, en partie pour ces raisons mêmes — quoique je ne sois pas plus croyant pour autant. Mais je ne vois pas pourquoi ces gens à la triste figure auraient un rôle plus grand que celui de porter ma bière. J’espère que quelqu’un lira ces lignes avant qu’il ne soit trop tard, si je devais être poussé vers la sortie plus tôt que prévu. Le rideau au fond de la salle coulisse sur sa tringle, mû électriquement, et on se dit que la porte métallique derrière le cercueil va coulisser elle aussi, et envoyer le mort directement au four. Pas très agréable comme façon de finir. On vous l’emballe tout de suite, ou vous préférez prendre rendez-vous avec notre service de livraison ?
Airs gênés ensuite à se les cailler en tirant sur notre clope ; avec Joris qui avait commencé par nous dire en voiture que la mort ne lui fait rien ; Arnaud et Sophie que j’ai si peu vu ces derniers temps, Sophie enceinte — comme Adeline depuis peu (une surprise). Des remerciements pour notre présence ; et Berry qui est amoureuse de moi.
Rentrant chez moi, rue de Verdun, j’ai croisé un grand type à lunettes et barbe poivre et sel qui faisait la manche, godillots boueux au coin du trottoir. Je suis revenu sur mes pas en entendant qu’il était britannique, pour lui donner le contenu de ma poche. Il n’avait pas vraiment choisi le meilleur endroit. Je n’ai même pas su trouver mes mots pour lui dire bonsoir, ça s’est embrouillé dans ma bouche. J’aurais pourtant été curieux de discuter avec lui pour savoir ce qu’il l’avait mené à Nantes.