Vu Sous le sable de François Ozon avec Ermold. Qui a déclaré qu’il n’avait pas vu un plus mauvais film depuis au moins un an. Ça ne m’a pas franchement convaincu non plus. Les critiques ont pourtant été en général dithyrambiques. Difficile de savoir si c’est pour de bonnes raisons. Pour le thème ? (une femme de cinquante ans perd son mari, qui disparaît sur une plage sans qu’on sache ce qu’il est devenu — jusqu’à la fin du film du moins — et ne parvient pas à accepter son absence) ; mais ça ne suffit pas à faire une œuvre, et l’intérêt me semble venir plus du scénario que du film en lui-même : c’est au moment où l’édifice de l’auto-persuasion de l’héroïne commence à se fendiller que ça devient plus intéressant, qu’on se met à croire à ce qui se passe. Pour la nouveauté du rôle pour Charlotte Rampling ? (peu habituée à interpréter des rôles du quotidien) ; mais le film en rajoute jusqu’à n’en plus finir, la cuisine, la crème anti-rides, le lavage des mains au lavabo d’une station-service après être sortie des toilettes, les courses au supermarché, etc. C’est d’autant plus agaçant qu’on n’y croit guère, et qu’on ne cesse de penser à la façon dont Ozon semble avoir voulu surtout casser l’image d’une actrice — lui-même et les journalistes ont même bourré ce cliché retourné jusqu’à la gueule en s’émerveillant d’une seule voix qu’on voie Charlotte Rampling cuire des pâtes (de manière beaucoup trop appuyée). Pour le fait qu’Ozon ait choisi de faire apparaître à l’écran Bruno Cremer (le mari, donc) pour matérialiser dans l’appartement le produit de l’esprit de la femme ? Parti-pris intéressant, mais qui pousse à une certaine paresse de mise en scène — même s’il souligne une proximité du couple, une familiarité des habitudes qui n’arrivent pas à s’effacer qui n’est pas mal ; quel parti aurait pu tirer le réalisateur d’autres solutions : jouer sur le son par exemple, ou tirer vers un côté « surnaturel » en incarnant cette présence de façon autre que seulement physique.
Pour le reste, la mise en scène est partout surprésente (ce qui montre au moins comment faire du cinéma doit être difficile) ; les détails sursignifiants comme dans un travail d’étudiant (le repas au restaurant avec le soupirant filmé à travers un aquarium, le cours à la fac où Charlotte Rampling lit un extrait des Vagues de Virginia Woolf… — j’espère d’ailleurs qu’on ne fait pas encore des cours comme ça à l’université, ce serait d’une bien triste bêtise). Par ailleurs, l’image donne, pendant toute la première partie, une bizarre impression de relief, peut-être due à l’emploi de téléobjectifs : comme si les personnages étaient découpés sur un fond de décor peint — impression qu’on a souvent dans les films d’Hitchcock, par exemple (je pense notamment ici à bon nombre de scènes de La Mort aux trousses), mais qui produit ici surtout le sentiment d’assister à la projection d’un téléfilm. Enfin je ne suis pas très clair, mais, sans que je puisse bien expliquer pourquoi, ça n’a cessé de me gêner — comme si ça ne faisait pas vraiment cinéma.