Samedi 30

Courses pour demain : Paddy,

et de quoi faire une salade

de poisson fumé

avec une vinaigrette

au Laphroaig.

Je vais passer

l’ensemble de la soirée

chez Philippe et Manue.

Un grand nombre de mes amis

y seront.

Je ne suis plus trop tenté

par l’orgie ultime

suggérée par Ermold et Radulphe,

et je pense qu’elle n’aura pas lieu.

Comme à chaque fois.

 

Au retour un message de Florence

elle m’invite demain chez Melpomène

bizarre d’entendre sa voix

à nouveau mais je ne me sens

pas trop prêt à la revoir

 

Soir dans l’appartement vide et glacial de Martial et Sandrine. Avec Clément et Hélène (« Ok, ok. »). Petite fille rigolote ; elle me fait parfois penser à Stéphanie Fontaine à l’époque. Elle continue de m’intimider. Regardé le film de Sandy, dont elle m’a donné une cassette hier soir — sorte de sitcom sur sa propre famille, assez intéressant, et sur : l’histoire familiale ? l’incommunicabilité ? le rôle de l’Histoire dans la vie des gens ? Aussi le court-métrage coréalisé par Martial et Clément par correspondance (l’un à l’image, l’autre au son), beau travail plastique très cinéma expérimental — ce qui signifie donc plutôt académique. Entre les deux, Seul contre tous, de Gaspard Noé, avec Philippe Nahon, étrangement tourné en cinémascope. J’ai la cassette depuis la dernière fois que Florence est venue, mais nous n’avions jamais trouvé le temps de la voir (jamais pris). Film dur, extraordinairement sombre et dur. Hélène n’a pas supporté jusqu’au bout et a pris une bande dessinée. Très minimal, mais couvert tout du long du flot de la pensée violente du protagoniste (un ancien boucher dans la merde, en 1980). L’image est entièrement dans des tons ternes, ocres, bruns, sans presque jamais de ciel — à l’inverse de l’usage classique du format, il me semble. Filmé à hauteur de rue, dans une accentuation des effets d’horizontalité, d’écrasement des perspectives. Les changements de scènes sont ponctués d’un son entre le gong sourd et le coup de poing, rude (ainsi que de panoramiques brefs et accélérés), qui souligne de façon très outrée la violence du récit. Mais un des thèses de fond est la représentation de la violence — avant la séquence la plus dure, vers la fin, un carton fait défiler les secondes qui restent au spectateur s’il veut quitter la projection. Un beau travail, d’une grande intensité. Tout de même.

Soirée sans alcool. Mais je me suis tout de même servi un verre de Laphroaig pour écrire ceci. On ne se refait pas. Il me manquait déjà.