Vu Fantasmes, du Coréen Jang Sun-woo. Un film qui, je crois, a connu des problèmes à sa sortie en France il y a quelques mois (sans être cependant interdit comme celui de Virginie Despentes). Film très arty, à cause de son utilisation récurrente d’images vidéo retravaillées et de ses cadrages bancals ; parfois un peu ennuyeux, mais intéressant et prenant — c’est même le moins qu’on puisse dire. Histoire d’une relation sado-masochiste entre une jeune étudiante et un artiste d’une quarantaine d’années, très classe. Si les scènes de rapports sexuels classiques sont simulées, souvent pas de façon bien réaliste (dans une d’elles où l’homme est censé bander comme un âne, on aperçoit, entre les cuisses de sa partenaire, son gland sagement reposer sur ses couilles distendues), les coups sont en revanche du plus grand réalisme, jusqu’à ce que leur spectacle soit parfois difficile à supporter. Je n’avais jamais vu autant de gens sortir d’une projection en cours — l’amusant est que, pour l’essentiel, ils sont sortis au moment où les rôles s’inversent et où l’homme est frappé à son tour (il deviendra véritablement esclave) : machisme inconscient ? Mais comme l’a dit très justement Clément, il ne fallait pas se prendre pour des superhéros d’être restés : on s’est tellement mis à parler entre nous que notre gêne était manifeste (si Ermold et moi avons l’habitude de faire des commentaires pendant les projections, ce n’est pas celle de Clément et Hélène, qui, comme la plupart des spectateurs, détestent ça) ; plusieurs fois je me suis surpris à me mordre le poing ; même en rire n’était pas toujours suffisant — quoi que certains moments aient franchement prêté à rire d’invraisemblance, comme la scène où le type se fait frapper avec un manche de houe. La salle n’était déjà pas bien pleine pour une séance à l’Apollo (c’est le cinéma à 10 F), et peut-être qu’une partie du public était venue sur la foi du titre. Quoi qu’il en soit, ce cinéma est en quelque sorte notre cinémathèque ; il projette en majorité les succès de l’année, mais permet aussi de voir ce genre de film rare, qui n’était même pas passé au Katorza[1]. Il permet aussi de voir les grosses machines pour lesquelles on n’aurait pas dépensé le prix d’une place normale (genre Gladiator ou Fight Club, pour ne parler que de leur programmation récente — cela dit, je vais rarement voir ces films-là). C’est probablement une concurrence pour les salles d’art et essai comme le Katorza, mais c’est à mon avis une stratégie beaucoup plus positive que les cartes mensuelles à 100 F vendues maintenant par un bon nombre de multiplexes (par mois, mais pour un abonnement annuel), qui rendent le public captif, et ne poussent de ce fait pas au choix ni à la cinéphilie. Cela dit, Nantes est la seule ville de France à posséder un cinéma de ce type, il me semble. Pour en revenir au film, c’était tout de même un objet intéressant, millimétré plus j’y pense, et servi par des acteurs parfaits — surtout la fille, Lee Sang-hyun ou Kim Tae-yon, je ne sais pas : elle est particulièrement magnifique dans une scène de tatouage en gros plan, déformée par le grand angle.
[1] Hier soir, Ermold et moi avons par exemple vu Bananas, un vieux Woody Allen, du début des seventies ; typiquement le genre de chose difficile à voir, surtout au cinéma. Cela dit, c’était une blague de potache, ensemble de sketches mal liés parfois de niveau CM2 : rigolo, mais globalement ennuyeux et facile — le genre de film qu’il ne me viendrait certainement pas à l’idée de tourner si je voulais faire une comédie.