Dimanche 14 janvier 2001

Assisté à un concert de Kim hier soir dans un bar. Un jeune bordelais foufou, qui a déjà sorti sept ou huit albums en six ans, et autant de minis en vinyle. Incontestablement une figure de l’underground français, aux chansons vite torchées, vite emballées qui revisitent, pleines d’une ardeur juvénile, trente ans de pop-rock. À l’époque de La Musique, où nous étions si sérieux, si pontifiants, j’aurais détesté ; c’était maintenant un pur plaisir, à la fois léger, régressif, et pertinent en plus. Une musique sans doute très post-moderne, mais franche, et qui remet au premier plan le simple plaisir de jouer de chanter, sans trop d’intellectualisation (sans qu’elle soit absente non plus). Je lui ai même acheté son dernier album à l’issue du concert ; première fois que ça m’arrive. Et c’est effectivement très bien, revisitant les Pixies (le premier morceau de Bossanova), les vieux Stones, les Ramones, les Buzzcocks, la pop indé, dans un joyeux bordel gavé d’énergie sans prétention (du moins apparemment).

Jim Harrison n’a pas de chance. Je l’ai à nouveau interrompu pour L’Âge d’homme de Michel Leiris, pêché dans la bibliothèque paternelle (il y a un moment que Ermold m’en a parlé : pour l’autobiographie, mais tout autant pour les jeux formels de sa poésie surréalisante, le genre de choses qu’il aime bien — et moi me laisse souvent froid, quoi que je sache pertinemment que la littérature « d’expression de soi » mène à beaucoup de bêtises : travers dans lequel je n’ai que trop souvent versé). Un livre dont je me sens proche — et qui remet à leur juste place les prétentions que j’ai eu un moment de dire ici « toute la vérité, rien que la vérité » : ce n’est pas des plus nouveaux, et, surtout, doit être considéré avec circonspection (ce que j’ai compris depuis longtemps[1] — d’où le peu de différence que je fais entre fiction et autobiographie ou documentaire). Mais Leiris évoque ses propres souvenirs d’enfance d’une manière si forte que me sont revenus un grand nombre de mes propres obsessions d’alors, notamment celles en rapport avec la mythologie — qui doivent remonter à un inconscient très ancien.

[1] « Ce que je méconnaissais, c’est qu’à la base de toute introspection il y a goût de se contempler et qu’au fond de toute confession il y a désir d’être absous. », écrit-il dans La Littérature considérée comme une tauromachie, préface à L’Âge d’homme au très beau titre.