Samedi 13 janvier

Pour la masturbation, je m’y suis donné hier plusieurs fois (après avoir rêvé de Bérengère lors d’une nuit agitée). Une tentative presque hygiénique pour me libérer l’esprit et pouvoir travailler. Toujours autant de dépit conçu de ne pouvoir m’en empêcher, mais je le fais quand même moins : voyons ça comme un progrès… Mon existence entière est fondée sur cette idée que j’avance. Mais il n’y a souvent guère de signes tangibles pour justifier cette pauvre conviction.

Toujours malade, et de pire en pire. Raté le rendez-vous chez le docteur Moreau, puis aujourd’hui le yoga. Beaucoup trop fiévreux. J’en crève de cette mauvaise santé tous ces derniers temps — alliée à ma difficulté à m’investir dans le réel. J’ai pourtant tenu ma résolution de ne plus autant sortir. Juste un verre avec Ermold et Jenny mercredi soir avant hier, performance que je n’avais plus réalisée depuis septembre sans doute. Mais deux sorties bien inutiles. Relatif ennui. À peine me suis-je amusé de voir Ermold redevenir en un instant un ado de treize ans en apercevant celle qu’il nomme Cet-obscur-objet-du-désir au Flesselles hier soir — preuve patente de ce que, tout comme moi, il se fait mener par le bout du nez par les femmes, et que, malgré toutes ses protestations (bien inutiles) en public, il est prêt à lécher le plancher dès qu’une lui fait de l’œil (enfin cette fille-là l’a fait danser quinze ans). Ce dont il convient en privé avec moi. Ne plus sortir, ne plus boire autant, sont des moyens de ne plus donner prise à ce genre de comportement destructeur ; mais ça n’en extrait cependant sans doute aucunement la racine. Ça permet tout de même de se recentrer sur un peu d’activité — ce qui ne peut être négatif. Mais moi, je n’avance pas vraiment sur ma thèse.

Il y a quelques jours, j’ai retrouvé brisé dans ma poche le coquillage blanc que j’avais ramassé sur la plage de Piriac lorsque nous nous y étions promenés Florence et moi et que j’étais encore fou amoureux d’elle. Voyons-le comme le signe que cet état mental m’a quitté. Et cet après-midi nous nous sommes parlé vingt minutes (temps qui a suffi au riz que j’avais mis à cuire pour totalement brûler dans la casserole : inconvénient de la cuisson à l’asiatique ; comme on met peu d’eau, il faut surveiller d’un peu plus près l’évolution). La brouille est donc terminée : je préfère. Sans doute, aussi, n’a-t-elle pu avoir le mec qu’elle comptait draguer au réveillon (et qui n’est finalement pas venu — d’où le fait qu’elle m’ait invité au dernier moment). Enfin je n’en sais rien ; et je m’en moque, contrairement à ce qu’il a pu en être de trop longs mois.

J’ai aussi perçu un changement en elle, comme une prise de conscience de ce qu’elle est, puisque m’apprenant que Marie (la danseuse) entretient une relation « adultère », et le jugeant mal, elle a ajouté « même si moi non plus, je ne suis pas un ange ». On est loin de l’enquête de moralité qu’elle avait faite auprès de Loïc à mon sujet il y a un an. Évolution positive.