Samedi 20 janvier 2001, Nantes

« Je continue à aligner des phrases. Je les retouche et les allonge comme à plaisir, ne pouvant me résoudre à livrer la pensée la plus simple qu’amortie au moyen d’un vain capitonnage. »

Grosse discussion chez Martial et Sandrine ce soir (sans Martial, vite parti se coucher). J’étais souvent d’accord avec Joris, et j’ai apprécié qu’il explicite mes propres positions lorsqu’elles étaient trop radicalement exprimées pour qu’elles aient la moindre chance d’être entendues. Prises de bec habituelles. Mais je crois avoir choqué Sandrine, qui n’y est pas habituée (mes interventions peuvent être vives) ; et Hélène est vraiment trop dans le savoir idéologique — qu’elle essaie d’attaquer en me taxant d’un relativisme qui sent trop la défense coûte que coûte de ses positions (inanalysées probablement, malgré son intelligence). Difficulté à me faire comprendre. Mes interlocuteurs sont sans cesse dans la substantialisation, et transforment de ce fait le moindre de mes propos : quand ils font mine de me comprendre, ils versent dans le nihilisme absolu. Je dis sans doute assez souvent des conneries ; sauf que je m’efforce de savoir d’où elles viennent et de comprendre pourquoi je les dis. Les autres restent dans un savoir qu’ils ne critiquent pas. Bien sûr, je suis Gagnepain : mais je suis certain qu’il est d’une puissance incomparablement supérieure pour le moment. Je sais les affres dans lesquels sa pensée m’a plongé au début, dont la tentation du nihilisme n’est qu’une solution de moindre mal. Mais je suis trop certain d’avoir raison (ou pas tort). Dussé-je en passer pour un gros prétentieux. Je m’en fous. Ce ne serait pas la première fois, et celle-ci, je le vaux.