Hier soir : vu avec Ermold I am Josh Polonski’s brother, petit film dans le milieu des Juifs conservateurs tourné dans le Lower East Side à New York par un Français qui vit là-bas, Raphaël Nadjari (évidemment, le commentaire d’Ermold a été ensuite qu’il y avait trop de Juifs). Retrouvé par hasard Radulphe et Isabelle dans la salle. Nous sommes allés boire un verre, et avons parlé des émeutes à Göteborg lors du sommet de l’Union Européenne cette semaine (tout le monde attend le sommet du G8 à Gênes à la mi-juillet ; comme ce sera aussi l’occasion de montrer les premières manifestations d’hostilité à Berlusconi depuis qu’il a été élu Président du Conseil, ça pourrait bien chauffer — il est aussi possible que soient prises des mesures de sécurité tellement drastiques qu’il ne se passera rien. Que les puissants du monde soient inquiétés dans leur tranquille assurance est une bonne chose ; en revanche, je doute qu’Ermold, malgré sa grandiloquence, n’aille pas renoncer au dernier moment à s’y rendre, abrité derrière mille raisons inattaquables bien sûr). Quant au film, je suis le seul à l’avoir apprécié, même si je reconnais qu’il n’est pas inoubliable. À la fois bonne étude documentaire sur le poids de la tradition juive dans certains milieux modestes américains, il donne aussi lieu à des scènes plutôt dérangeantes — suite à l’assassinat de son frère en pleine rue, un vendeur de tissu s’immisce dans le milieu interlope où ce frère évoluait, et dont il ignorait tout ; mais plein de bons sentiments, il cherche à libérer la prostituée dont celui-ci était amoureux, et, comme on l’imagine, ça tourne mal. Ça finit un peu brutalement, et le récit est sans doute trop concentré sur cette seule histoire (le milieu des petits malfrats ne parvient pas à posséder assez d’existence, il reste vu comme en passant, et le récit se focalise trop sur cette seule histoire avec la prostituée), mais il réussit bien à faire monter la tension[1]. Le cheminement du protagoniste n’est pas non plus inintéressant. C’est un peu Abe et son frère (Abe, c’est le nom du personnage principal) ; mais à l’envers : le titre montre, justement, comment c’est le frère absent qui est poursuivi, et comment Abe essaie de se définir par lui, et non plus par l’appartenance à la communauté, représentée par le troisième frère de l’histoire, l’aîné, juif de scrupuleuse observance.
Ce qui singularise cependant surtout le film, c’est qu’il a été tourné en Super 8, chose extrêmement rare pour un long métrage (qu’il ait trouvé un distributeur est même étonnant, et ça fait plaisir). L’image est d’un grain très rude, fruste, à tel point qu’on ne le lâche jamais vraiment des yeux, qu’on ne l’oublie jamais. Elle brouille les personnages ; est souvent floue, brouillée, dès qu’il y a mouvement un peu brutal, illisible dès que la lumière vient à manquer, pisseuse au jour. Et à l’écran, elle est carré, toute petite par rapport aux films habituels. Cela fait aussi qu’on sent le film en train de se tourner (qui plus est, la faible longueur des bobines est une contrainte de tournage supplémentaire), et qu’il en ressort un désir de cinéma qui ne me fait pas regretter de l’avoir vu.
[1] J’étais très mal à l’aise vers la fin, sentant à quoi allait le mener la candeur désolante du type.