Pluie, et même orages de grêle. Froid. Travaillé jusqu’à en être physiquement écœuré. Hier soir, après le cinéma, je suis passé chez Philippe et Manue, qui avaient invité à dîner Joris (accompagné, bien sûr, de Svetlana, qu’il ne semble plus vouloir quitter) et Loïc et Coline ; en partant, j’ai emprunté à Philippe les Kings of Convenience, le duo norvégien que nous avions vu à l’Olympic : son minimalisme délicat m’a donné les seuls bons moments de la journée. Quiet Is The New Loud, ont-ils raison d’affirmer (c’est le titre de l’album). Je ne pensais pas que j’accrocherais autant à un disque aussi pop folk aujourd’hui, même si le concert m’avait conquis (l’un des deux était marrant, grand échalas tout maigre à l’air maladroit, avec des verres de lunettes vastes comme des pare-brise de voiture, ça avait joué aussi pour attirer la sympathie). J’ai écouté le disque trois ou quatre fois presque à la suite[1]. Encore une fois, c’est un groupe qui donne l’illusion qu’écrire des chansons intéressantes est facile : je le donne pour une qualité.
Coline était jolie hier soir ; je le lui ai dit. Elle nous a raconté à la suite comment un gars homo avec qui elle est à la fac lui a déclaré « Si j’étais une fille, je serais amoureuse de toi ! ». Pour le reste, nous sommes allés sur des terrains un peu dégoûtants, comme ça arrive, évoquant la dernière fois où nous avons fait pipi au lit, ou cherchant dans le Robert pourquoi Sade écrit se polluer pour se masturber ; je me demande ce que la silencieuse Svetlana, qui se couche tôt, écoute Chopin, et m’a repris sur un point de conjugaison française, peut bien penser.
[1] Ces derniers temps — je me suis remis au « rock » — j’ai surtout passé en boucle les deux derniers Radiohead, et les albums récents de Mogwai ou Autechre, ce qui n’est pas vraiment le même genre : mais à côté de cet expérimentalisme, c’est bon d’avoir la simplicité sans fard des Kings of Convenience.