Samedi 14 juillet

Encore une fois une journée de rien. Vraiment de rien, puisqu’elle n’a presque pas existé. J’ai dormi tout le temps, ne réussissant à me lever pour de bon qu’à huit heures du soir passées. Et encore cela n’a-t-il été que pour grignoter du turrón la tête vide et douloureuse, puis me branler. J’ai ensuite réussi à travailler un peu, mais avec seulement l’extrême frange extérieure de mon cerveau, un mal de crâne de chien empêchant tout mouvement un peu vif et toute rapidité d’esprit. Ce que j’ai fait n’a d’ailleurs pas été bon — comme tous ces derniers jours. Découragement. Je me suis trouvé minable, comme aux pires jours. Hier soir, j’ai dîné chez Alex et Séverine, et suis rentré tard ; mais je ne pense pas que là ait été la racine de mon mal — même si, malgré le caractère très amical de la soirée, j’ai continué de ressentir ce vide terrible de relation humaine véritable dont je souffre beaucoup en ce moment. Ce doit être plutôt lié aux paroles du docteur Moreau, sur la nécessité de prendre des risques, de ne pas attendre toutes les garanties de succès pour avancer — ce qui ne mène qu’à ne rien faire et mariner dans sa pauvre crasse timorée. Je le pense parce que (même si sur le moment j’étais bien d’accord avec lui et que je n’en ai pas ressenti d’émotion particulièrement forte) ces commentaires qui sonnent comme des règles à suivre commencent toujours par me plonger dans la plus profonde déprime — deux pas en arrière avant, peut-être, d’en faire trois en avant, comme le pense Bérengère pour son propre compte — et qu’il a notamment parlé de la nécessité de ne pas succomber à la tentation de rester prostré au fond de son lit : ce que j’ai donc commencé par faire. Mais je me sens tellement bloqué sur tout, et en particulier sur mes relations avec les femmes, que je ne sais même pas ce qu’il faudrait faire pour commencer d’avancer. Situation affreuse, qui donnerait presque envie de ne pas exister du tout.