Jeudi 19 juillet

Tenu une bonne partie de la nuit éveillé par la lecture du Maître du jugement dernier de Leo Perutz, que j’ai avalé d’un trait, avec le soutien de la musique de Steve Reich, des clopes fumées en enfilade, et une sérieuse quantité de whisky. L’étonnant est que je ne sentais nulle ivresse. Je comprends mieux, à la lecture de ce roman, la bienveillance qu’avait Borges pour Perutz. On trouve des similitudes entre les deux univers, toujours à deux doigts de passer dans la dimension du fantastique, quoique ce livre-ci soit plus nettement tourné vers le policier (on pourrait penser, même, qu’il a inspiré Umberto Eco pour Le Nom de la rose), il a certaines affinités avec Edgar Poe. En fait, plus que des livres de Borges eux-mêmes, ce roman se rapproche des livres dont parle l’Argentin dans ses textes. Frissonnant et pris d’une certaine raideur, comme chaque fois que je lis un livre où le diabolique n’est pas loin.