Mercredi 25 juillet

Un mot pour occuper le temps avant de me mettre au travail (il est treize heures). Enfin non, pas vraiment me mettre au travail… Il va falloir que je fasse semblant d’être absent de chez moi dans les deux heures qui suivent, je vais plutôt lire — du travail quand même, mais moins direct que ce que j’ai à faire pour le moment : comme je commence à réfléchir et prendre des notes pour mon prochain chapitre, j’ai besoin de marcher, et donc de faire du bruit. Il me faut agir ainsi parce que Florence va passer voir mon voisin du dessous, et que je n’ai aucune envie de la voir en ce moment (je ne l’ai pas vue depuis octobre dernier). Et que je suis trop occupé pour aller passer deux heures dehors au hasard. C’était beaucoup plus simple autrefois, lorsqu’il suffisait de donner comme consigne au domestique que Monsieur était absent ; mais vue l’exiguïté de mon appartement, je dois marcher sur des œufs pour simuler l’absence. Procédé idiot, j’en conviens, mais personne n’oblige à recevoir si on ne veut pas. Or ce n’est vraiment pas le moment. J’en ai longuement parlé avec Loïc samedi dans la nuit à Méliniac (on est resté à discuter sur la terrasse entre six et neuf heures du matin) : je crains une visite utilitariste, et je n’ai aucune envie de supporter ça. Je suis suffisamment fragile pour que ça me détruise la journée — même si par ailleurs, je ne ressens plus rien pour elle depuis des mois.

Ce sera donc encore une journée où je ne verrai personne ; hier déjà, ça a été le cas, si l’on excepte la libraire d’Aladin, où je suis allé acheter des BD (je sortais soi-disant pour réfléchir, mais je ne sais pas avoir de promenade sans but), et surtout Papa et Maman, que je suis allé attendre à la gare à leur retour du festival d’Avignon. Il n’y a, de toute façon, plus grand-monde dans le coin. Le principal contact que j’ai dans la journée, c’est en fait un truc un peu bizarre, auquel je n’arrive pas à m’habituer moi-même. En me baladant par hasard sur internet, la semaine dernière, je me suis amusé à répondre à un test sur mon « partenaire idéal » ; et ce test menait à une sorte d’espace de rencontre : on s’inscrit, on passe une annonce, et ça permet d’avoir accès à toutes les autres. Comme, au fond, il n’y a guère que la recherche de cette « partenaire idéale » qui me motive en ce moment, je n’ai pas résisté à cette pulsion. Depuis, je corresponds avec une fille qui s’appelle Cécile, et se trouve être chercheuse à l’INRA à Nantes. Je ne la connais que par les mails que nous échangeons, c’est-à-dire très peu, je n’ai aucune idée de la tête qu’elle a (elle est peut-être très laide — en tout cas elle est rousse) ; et cet échange crée pourtant une certaine proximité, voire intimité. Un sentiment qui crée un certain malaise chez moi — surtout que je sens bien que nous avons assez peu à dire (une chercheuse de mon âge et habitant dans la même ville, voilà un ensemble de points de contact déjà bien suffisant pour le hasard !).

 

Plus tard : cela devait être à nouveau une invention… J’ai eu beau tendre l’oreille, je n’ai entendu aucune sonnerie chez le voisin du dessous.