Samedi 27 janvier 2001

Intense fatigue ; et aussi intense envie de baiser, envie d’une belle chatte accueillante, de lèvres à baiser, d’une peau soyeuse et d’un parfum de femme. Mais encore une fois il faudra se contenter d’apaiser cette fièvre par la masturbation. Je ne vais apparemment pas sortir ce soir ; mais quoi qu’on soit samedi, ça ne me dérange pas. Je vais travailler. Je n’ai rien fait cet après-midi. Tout mon temps s’est passé entre une vaisselle de taille conséquente, et une ou deux heures de conversation au téléphone avec Florence qui m’a appelé, interrompue cinq fois par l’arrivée de clients dans sa boutique. Pique de jalousie lorsqu’elle a parlé de son « nouvel ami » (aucune idée de qui c’est), mais c’était oublier l’effet médiocre qu’elle m’a fait lorsque j’ai vu les photos de son réveillon l’autre jour chez Melpomène. J’ai été gentil, mais elle m’a pas mal ennuyé ; sa violente déconsidération de Nantes — minuscule par rapport à Paris, trop fermée — m’a pas mal agacé (« Decré, la grande sortie de Melpo ! Même si je ne veux pas dire qu’elle ne serait pas heureuse d’avoir les grands magasins de Paris », « la grand-messe du vendredi soir [au Flesselles», etc…[1]. Elle a beau dire qu’elle « adooooore Paris », elle n’en fait pas moins pour autant la paysanne mal dégrossie avec de tels propos. La pauvre est toujours aussi contradictoire, toujours aussi difficile à saisir ; par exemple, il paraît maintenant qu’elle n’est plus romantique et n’est plus capable de ressentir de passion amoureuse (mais « il faut bien être avec quelqu’un »). Ce qui ne l’a pas empêchée de monter sur ses grands chevaux et de jouer à la vierge blessée lorsque j’ai prononcé le prénom du type qui m’a suivi sur la liste ; voilà sept ou huit mois que l’histoire est terminée entre eux, mais il faut encore faire des petits secrets, bien cloisonner les secteurs de son existence, elle a voulu immédiatement savoir où j’avais appris son nom, a accusé Loïc et a juré qu’elle allait l’appeler illico pour l’engueuler, incapable de sortir de son petit univers[2] et d’imaginer que l’information avait pu me venir d’ailleurs (ce qui me refait penser avec déplaisir à l’épisode de l’hôtel Sully cet été). Et puis elle n’a cessé de revenir, encore, sur ce que je l’ai déçu lorsque nous étions ensemble, que je n’étais pas assez disponible, qu’elle ne comprenait pas que je ne veuille pas dormir toutes les nuits avec elle, que je sois si souvent dans le retrait (« mon nouvel ami n’est pas comme ça » — le pauvre, si en plus elle ne montre même plus la passion dont elle débordait avant avec autant de facilité, il ne doit pas être à la fête tous les jours…), que je ne signe pas tout de suite des deux mains pour faire un enfant alors qu’on était ensemble depuis même pas une semaine — chose bizarre que faire un enfant, qui me paraît si abstraite…

Mais que toutes ces petites histoires peuvent désormais me sortir par les yeux…

En rentrant du yoga, il faisait beau, rencontré Ténèbres Secrets qui attendait devant le Katorza. J’ai hésité deux fois avant de revenir sur mes pas pour aller lui parler. Toujours la même, la mine tirée, le regard sombre à la fois ironique et d’une bête traquée, l’air de vaguement s’excuser d’être là. Content de la voir, d’échanger trois banalités : c’était un bon début de journée — que la suite n’a pas confirmé, mais tant pis. Gros désir d’amour.

Dieu que les semaines filent vite !

[1] Mais où il fallait surtout sentir son dédain marqué pour certaines personnes, comme Sylvia (justifié, puisque celle-ci la déteste, la jalouse, et l’a montré en public : ce qui a occasionné un de ces petits scandales dont Florence, au fond, adore être victime) — comme si toutes ses fréquentations parisiennes étaient d’intérêt !

[2] Je ne prétends pas que j’en sois plus capable.