Insomnie persistante. C’est suffisamment rare pour que je puisse le noter ; ça fait même partie de mes superstitions, vous vous en souvenez peut-être. D’autant que j’ai fait une séance de yoga particulièrement dure hier soir, et que Radulphe m’a toujours dit qu’après ça on dormait comme un ange. Le prof a bien soutenu que, normalement, lorsqu’on fait un travail intellectuel assis, on ne devrait pas avoir beaucoup besoin de dormir si le corps était placé dans des positions correctes parce que le cerveau ne consomme pas tant d’énergie, et que c’était le stress qui fatiguait, je serais bien étonné que ça puisse m’être apparu comme une révélation inconsciente : je ne me tiens pas bien (par exemple, j’ai en ce moment le dos rond et affaissé, comme la plupart du temps quand j’écris), et je suis très stressé.
Seul le bruit de la pluie au dehors, irrégulier des filets aigus qui débordent des gouttières, et du plus fin réseau qui frappe les toits mené par le vent dont les ondes sont plus lentes. Des coulées de peintures, des fantômes et des échographies peu lisibles[1] s’inscrivent foncé sur le crépis plus clair du mur de la maison d’en face.
0:26 maintenant (donc le lendemain si on suit le calendrier). Contrairement à ce que je pensais, je n’ai pas redormi depuis les lignes qui précèdent. J’ai fumé. Je me suis fait des croque-monsieur à six heures pour le petit-déjeuner, et à dix heures, j’avais écrit deux pages de thèse ; mais il a fallu que je m’occupe ensuite de vidéO3 tout l’après-midi, pour établir le détail de nos programmations à venir – et parfois me lancer à propos de trucs que je n’ai pas vu, juste en me fiant aux informations sur des sites internet (notamment une vidéaste asssez trash qu’on pourrait présenter en « commentaire » du film de Sandy fin mai ; c’est peut-être un peu extrême, je crains que la plupart des gens ne voient pas le rapport et nous accusent de provocation encore une fois. J’en reparlerai). J’ai également regardé une cassette entière de bandes de Bartoloméo, dans un état vaseux : un type qui n’apparaît pas très sympathique ; mais c’est aussi le jeu, puisqu’il filme sans cesse sa famille, ses enfants à poil, sa femme qui ronchonne. Ça ne me plaît pas tellement, mais c’est intéressant. Terminé par une réunion horripilante, qui nous fait tomber dessus un travail supplémentaire dont je me bats les couilles. Mais dans un très bel espace aux murs de pierre nue, vaste, dans une des anciennes usines début de siècle entre la chaussée de la Madeleine et la rue des Olivettes. Pluie battante toute la journée, inondant certaines rues en bord de Loire.
[1] C’est pour ça, paraît-il, que la plupart des pays en prescrivent beaucoup moins qu’en France — sans doute aussi parce que c’est une opération qui coûte cher et que les autres rognent plus que nous sur les dépenses de santé.