Vendredi 23 mars

Les Rabbits pourtant très bons lors de leur dernier concert (je les ai vus souvent — enfin la plupart des fois, ça remonte à pas mal d’années), où pour la première fois c’est pour eux que j’avais payé la place, et non d’autres avec qui ils se trouvaient partager la programmation. J’ai commencé par n’y voir, encore une fois, qu’une copie maladroite de leurs références — position que défendait Coline très habilement, et j’étais à la fois surpris et réjoui de l’entendre argumenter avec autant d’intelligence le genre de propos que j’aurais pu tenir peu de temps auparavant (elle qui a souvent été regardée comme un peu chiante voire limite neuneu par la bande : à tort, mais cela a mis du temps à apparaître). Mais j’ai fini par me laisser convaincre, peut-être pas de la manière dont eux l’entendent. C’est vrai que c’est bourré de clichés de toutes sortes, que Federico, comme Katerine, fait un peu son Gainsbourg (il est bien meilleur maintenant qu’il abandonne la guitare la plupart du temps pour se balader avec son micro), et que c’est l’arrivée de Laurent Allinger aux platines qui a haussé l’ensemble d’une bonne division. Mais plus que de la banale resucée nostalgique et poisseuse, je me suis dit qu’ils jouaient plutôt la bande son de la vie qu’ils fantasment, et qu’on aimerait tous vivre de temps en temps, et d’autant plus lorsqu’on considère que presque tous ont aujourd’hui des gamins et ne doivent plus mener une vie aussi punk que ça : la bande son d’un film des années 70, James Brown, Gainbourg, les Stones, le funk, le rock, l’easy listening, avec des belles filles, des beaux costards, du soleil, de l’Amérique qui n’existe pas, des cocktails, des bagnoles qui vont vite, de la drogue, de l’insouciance – du cinéma. Un truc apparemment pas du tout concerné socialement ni rien, mais qui lit dans le fond des cerveaux de manière super juste les désirs qui nous habitent — et qui raconte en négatif (mais c’est peut-être aller un peu loin dans le concept) la réalité des défaites qu’on vit tous les jours. Ils me paraissent dans l’imaginaire : et c’est, après tout, une des fonctions comme une autre de l’art de nous représenter cet imaginaire.