Dimanche 27 mai

Pris des couleurs à la maison, dans le jardin — et mangé un plat de lotte aux fruits et vinaigre balsamique, proche de la perfection dans sa finesse ; à quatre, sur la terrasse, avec nos lunettes de soleil. On est passé en très peu de temps de novembre à juin. Je le dis maintenant, mais ce n’est pas du tout ce à quoi j’ai pensé lorsque nous étions sur la terrasse. Ce genre de choses passe très vite, sort de la mémoire quotidienne. C’est anecdotique après tout, même si on n’a cessé de parler du mauvais temps des semaines durant quand il était là et qu’on en avait tous marre.

Une fois rentré chez moi, il a fallu que je me branle. Je me branle quand je suis fatigué, et en ce moment, je suis souvent fatigué. Ça ne me plonge pas dans la détestation de moi-même qui suit en général cette faiblesse depuis des années, mais ça me fait tout de même chier. J’ai des besoins sexuels, des désirs, mais je n’arrive pas à faire ce qu’il faut pour les assouvir de façon normale ; en couchant avec une fille. Je peux bien dire que c’est que la situation ne se présente pas, mais ça ne trompera pas. Et même quand j’en ai eu l’occasion (rare depuis plus d’un an), même quand j’ai été avec Florence (déjà un passé reculé), ça ne marchait souvent pas si bien que ça. Se masturber, c’est facile, il n’y a pas d’Autrui. C’est nul. Totalement immature.

 

À dix heures, je suis allé voir La Chambre du fils, le dernier film de Nanni Moretti avec Berry ; sur une famille unie endeuillée par la mort accidentelle du fils adolescent, et comment ce deuil la désagrège. C’est bien, mais sans surprise ; très classique ; je dirais presque : terne. J’ai pris plaisir à le voir, j’ai retrouvé le plaisir du cinéma (peut-être deux mois que je n’y étais pas allé, j’ai raté beaucoup de films) ; mais c’est loin d’être un quelconque choc. Sa Palme d’or à Cannes n’est pas un choix très aventureux.