Lundi 4 juin

Dîner avec Clément ce soir, dans son grand appartement vide d’Hélène (partie pour la dernière fois donner ses cours à Metz). Propos sur le sens de la vie et le politique, comme d’habitude entre nous (ce sur quoi Clément défendait des positions inverses, ce qui n’est pas souvent d’usage : d’un côté il évoquait le vide crée par l’absence de sens de l’existence, ainsi que la quasi-impossibilité à pallier ce vide — idée classique, à laquelle je lui rétorquais, en gros, que ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de sens substantialisable qu’il n’y en a pas[1] ; de l’autre, il luttait contre l’impression fréquente que le politique est sans armes contre le néo-libéralisme ambiant, et qu’il a au moins une fonction de résistance — la mise en avant de l’idée inverse, si elle ne pousse pas à cette chimère impuissante qui est l’envie confuse de « tout détruire », ne pouvant servir qu’à renforcer le système : il a sans doute raison de penser que si, parmi les gens qui ont cessé de voter par dégoût (comme moi), un nombre suffisant s’y remettait pour apporter 15% à Lutte Ouvrière, le gouvernement ne pourrait rester sans réagir, et ne pourrait, au contraire, qu’infléchir sa politique à gauche[2]) ; mais j’avais le plus grand mal à organiser mes idées. De même que ces jours derniers pour ma thèse, où je ne fais qu’assembler sans conviction le puzzle de mes notes et citations préparatoires sans réussir à y mettre beaucoup de pensée intéressante. Peut-être parce que j’ai annoncé le contraire il y a quelques jours, ces derniers jours n’ont été guère performants. Je me lève tard, travaille peu et mal, les cigarettes que je fume en grand nombre ont un mauvais goût, et j’ai de temps à autre des doutes sur ma sexualité (par ailleurs, du point de vue pratique, toujours aussi inexistante).

[1] Estimer que le seul sens est que l’espèce doive se perpétuer n’a pas plus de réalité hors de sa construction comme telle que les autres : parce que ce n’est pas ce à quoi nous avons accès (enfin pas plus que le reste).

[2] Sans qu’il soit question de soutenir le détail des propositions de Lutte Ouvrière, qui, partant d’idées justes (edu moins généreuses), n’en sont pas moins déconnectées, non seulement de la façon dont on conçoit aujourd’hui la société, mais l’homme lui-même.