Mardi 12 juin

Grosse engueulade avec Ermold au réveil, au téléphone. Pour les mêmes raisons que d’habitude. Chacun allègue sa charge de travail pour se plaindre du temps qu’il est contraint de passer pour vidéO3. Incompréhension totale. Il m’accuse qui plus est de prendre mes fantasmes pour des réalités, mes fantasmes de domination. Il a peut-être raison ; la situation me met tellement hors de moi que je ne dois pas toujours être bien rationnel. Mais il est tout autant incapable de prendre du recul sur sa propre position ; or la mienne ne vient pas de nulle part. Toutes ces pages qui lui sont consacrées dans ces notes en donnent suffisamment d’éléments, même passés par le filtre de mon inconscient. La seule conclusion objective qu’on peut en tirer, quelles qu’en soient les raisons, c’est que nous avons toutes les peines du monde à travailler ensemble dans ce projet. Les chances sont donc nombreuses que nous mettions la clef sous la porte, malgré son intérêt. Perspective qui me soulage et me déçoit à la fois. Elle m’inquiète également : quant à la possibilité de conserver une relation amicale. Enfin il faudrait qu’elle puisse se passer sur un vrai pied d’égalité, et ce n’est pas facile, vu le passif qui traîne depuis cinq ans. J’en parle comme de la rupture d’un vieux couple, mais il y a bien un peu de ça.

 

Après cela, et quoi que j’y fasse, déprimé toute la journée. Peu et mal travaillé. J’ai passé le plus clair de mon temps à fumer sans rien faire, à jouer de la basse, ou à lire un roman glauque et très elliptique de Juan Carlos Onetti (Une Nuit de chien). Plus tard, la perspective de voir Bérengère dans la soirée m’a fait remonter la pente, et j’ai même avancé un peu, mais en descendant pas mal de vin rouge. La voir m’a effectivement fait du bien ; j’ai pu vider mon sac, et sa présence m’est toujours agréable en ce moment. Nous avons même envisagé quelques projets ensemble pour les mois à venir (qui ne se feront sans doute pas). Elle m’apprend que Stéphanie (Fontaine) compte passer la semaine à Bellecaire, où Xavier et Claire nous ont invités début juillet pour une fête précédée d’une éventuelle semaine de vacances (c’est dans l’Aude). Je comptais en profiter, mais l’annonce de sa présence me fait chier. Ça se passera peut-être très bien, mais notre dernière rencontre il y a deux ans ne laisse rien augurer de bon.